A toutes les victimes de la bêticide

A toutes les victimes de la bêticide

samedi 1 décembre 2012

Enjeu : les campagnes sur la paille

Ce n'est pas moi qui fait le comparatif suivant, mais le journaliste A Le Bloas dans le télégramme du 24 novembre dernier : chaque année 5500 ha de terres agricoles disparaissent en Bretagne (B4), correspondant à 21 terrains de football (rien que sur Plougastel-Daoulas c'est 30 à 40 ha/an). Dans le même numéro, par une autre source, S Prévost, le lecteur apprend que c'est 63000 ha de terres qui ont été volatilisés en 10 ans (B4), soit l'équivalent de 240 terrains de foot (pour le coup c'est moi qui fait le calcul). J'arrête les comparaisons avec le football. Car l'origine de la disparition des terres agricoles a plusieurs causes. Les Jeunes Agriculteurs de la région de Morlaix peuvent pester contre la mauvaise gestion de l'espace et les politiques du logement, mais à mes yeux la première raison à souligner est la perte de ce que l'on appelait le bon sens paysan ! Aujourd’hui l'hectare à lotir se négocie 26 fois plus cher que l'hectare agricole. Pensez bien que sans aucunes contraintes, l'agriculteur, qui au regard de son lard maigre de pension, y trouve une source de profit : "Adieu veaux, vaches, ex-cargots ! C'est du blé qu'il nous faut !". Puis suit de près, par voie de conséquence les politiques de logement qui sont inappropriées; lotissements impersonnels et très personnels à la fois, poussent comme des champignons à la périphérie de nos vieux bourgs. Troisième foyer de pression urbaine, les ZAC, les ZIC et les ZI ! On ne compte plus aujourd’hui le mètre carré commercial qui avale le foncier agricole des communes, les Déca..., les Ik..., les Carr..., sont devenus nos nouvelles balades dominicales : fini la boue, la flaque d'eau, le chien sans laisse dans les chemins creux ! Dans les magasins les allers sont larges et l'ambiance très agréable.
Pour inverser la tendance il va falloir se remonter les manches et imaginer des politiques d'aménagement rural cohérentes, partagées et maîtrisées.
D'abord, il convient de parvenir à revaloriser la place de l'agriculture : c'est la vente de la production agricole qui doit rester une valeur ajoutée et non les spéculations dérivatives liées au bâti privé ou au logement conventionné, entraînant du coup une nouvelle pression fiscale sur tous les foyers et notamment sur les plus fragiles (travailleur précaire, chômeur ou monoparentalité, retraité(e)s et handicap...). Cette situation sera d'autant plus valorisante que les agriculteurs s'emploieront à utiliser des méthodes respectueuses de l'environnement avec un écoulement de leur marchandise sur des circuits courts (exemple de l’approvisionnement de la restauration scolaire).
Puis la politique du logement doit tenir compte des préconisations des acteurs de l'habitat groupé en favorisant l'éclosion de bâtiments à quelques niveaux, avec la mise à disposition d'un espace commun (buanderie, chambres, salles de jeux...) afin de limiter l'impact sur le foncier. Le mitage est devenu le sport favori des Bretons, faisant de nous des individualistes acharnés. Au contraire, l'avantage de ce type de mutualisation nous permettrait de créer du lien social et d'établir des règles de vies communes au sein d'un syndicat.
Enfin, "l'artificialisation" des zones d'activités exerce sans commune mesure une pression supplémentaire sur le foncier agricole disponible. Ces zones périphériques accentuent le phénomène de l'étalement urbain et défigurent l'architecture urbaine ou communale. En lieu et place d'une prolifération intenable ne serait'il pas plus judicieux de regarder vers les friches industrielles ? Les bâtiments obsolètes et abandonnés ?
On le voit bien par ce balayage rapide que tout est lié : supprimer les comportements spéculatifs amélioreraient le sort commun, on se rapprocherait alors des valeurs de l'économie sociale et solidaire. On préserverait la biodiversité et les biotopes locaux. Enfin, il devient impératif d'empêcher la disparition des fermes au profit de l'agrandissement, vers plus de production intensive et polluante. Privilégions les initiatives solidaires et collectives comme le préconise Terre de Liens.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire