La permaculture en douceur à lindouar

La permaculture en douceur à lindouar
Butte Xavier Grall

dimanche 2 septembre 2018

Terreur sur les écolos

"Petit mot de solidarité et de pensées amicales concernant l'agression dont tu as été la victime: il faut du courage pour mener des "combats de proximité" quand on est un local et qu'on s'expose directement. Je t'adresse tous mes sentiments de respect et d'admiration et si tu as besoin de de quelque soutien que je puisse apporter n'hésite jamais en m'en faire part". 
Parmi les nombreux messages de soutien et d'indignation consécutifs à mon agression sur la voie publique, le 19 août dernier, j'ai sélectionné celui de Marcel de la gare. Il résume parfaitement les crispations autour des enjeux de préservation de l'environnement au niveau local. Et si je dois relativiser cet acte de violence, le confiner à un "divertissement" (je crois avoir aussi assimiler le désenchantement dans lequel l'état des mentalités nous entraîne) c'est bien parce que je prends en compte que, ailleurs sur la Planète, d'autres, militants ou pas, s'exposent davantage à des menaces plus sérieuses, au point, même, d'en perdre la vie*. A Plougastel-Daoulas, les pressions sur des individus qui ne plaisent pas, qui dérangent ou qui ne sont pas natifs de Pontkalleg ne datent pas d'aujourd'hui et ne se focalisaient pas uniquement sur l'environnement. Malgré tout, les tensions actuelles s'agrègent indiscutablement autour de sa gestion et de sa préservation. 
logo "danger sur l'environnement", réalisé sur un morceau de bâche abandonnée dans la nature de Plougastel
Comment en est-on arrivé là ? Comment en est-on arrivé "au passage à l'acte" ? En dehors d'un déficit évident de personnel politique local efficace, téméraire et persévérant, au demeurant, déficit jamais comblé, ou alors soumis à la cause d'un expansionnisme économique bénéfique à l'emploila faute en revient avant tout à l'Etat et à des délégations régionales (Préfecture, Dreal,...). Je prends pour seul commentaire celui d'un Préfet de passage dans le Finistère qui avait ordonné aux services environnementaux rattachés à son autorité "de laisser tranquille Saveol" et donc ses adhérents, producteurs de tomates industrielles. Autrement dit, pendant plus de 10 ans aucun contrôle, sur de bonnes pratiques environnementales n'a été réalisé dans les serres industrielles de Plougastel-Daoulas. Au contraire même. Les administrations, quelles qu'elles soient, ont accompagné, ont "laissé faire", en connaissance de causes, ou pas, les dérives que l'association "A quoi ça serre" découvre et dénonce régulièrement depuis 4 ans. La nature humaine étant ce quelle est, c'est à dire un problème, se sentant alors intouchables, puissants et incontournables, des serristes ont profité de la faiblesse des autorités pour ignorer allègrement les règles environnementales (les exemples ne manquent pas) dont les premières manifestations de dépôts sauvages et de feux dans les emballages plastiques remontent aussi loin qu'existe la serre industrielle. Reconnaissons quand même que, à coup de subventions diverses et variées, des efforts ont été engagés chez des producteurs de Saveol et notamment dans le recyclage des effluents et dans la collecte des déchets exogènes agricoles (ficelles, bagues, sacs de substrat,...), et dans une moindre mesure, sur les aménagements paysagers (les mauvaises pratiques en milieu d'exploitation nous sont moins familières par manque de témoignages mais de fortes suspicions persistent sur l'usage de produits phytosanitaires interdits en France). Toutefois la cause n'est pas entendu. Encore aujourd'hui, et si notre attention se focalise sur quelques récalcitrants, faute aussi surement de maintenir une vigilance de tous les instants, ce qui en soit ne devrait pas faire défaut pour des récidivistes, le stress, occasionné par l'extension de l'activité agro industrielle sur la nature est flagrant. 
Bien entendu, la population locale est (quasi) toute acquise à la présence d'un tel pourvoyeur d'emplois, qui génère une croissance économique dont les politiques et les commerces locaux entendent profiter à leur tour, selon leur intérêt propre (la similitude peut se faire aussi avec Guerlesquin qui aurait pu être rebaptisée "Guertilly" tellement le poids des dirigeants de l'abattoir de volailles pesait sur la sociologie des habitants). A Plougastel, qui ne connaît pas quelqu'un qui n'a pas travaillé dans une serre industrielle ou "chez Saveol" ? Combien ont salué et approuvé une extension vitale face à la concurrence étrangère ? Combien se sont posés la question de son impact négatif sur l'environnement ? Peu nombreux; la grande majorité fermant les yeux sur des atteintes évidentes, se réfugiant dans l'omerta, une attitude conditionnée au "fait du roi", aux "Seigneurs de Plougastel". Il ne faut donc pas perturber les règles sociétales tacitement décernées, et que se répande, comme un poison chimique, le sentiment d'impunités (cette singularité tient peut-être au fait de la configuration presqu'îlienne de la commune). D'autres préférant surement défendre des zones humides à 3 h de routes, se donnent bonne conscience, et tout en se dotant du bon rôle, ils accusent sans agir sur leur commune, car ils s'en foutent à leur tour et veulent vivre tranquille auprès d'un voisin réputé hargneux ou avec qui ils entretiennent une relation amicale.
Dans un tel contexte local, élargi à d'autres constats qu'"A quoi ça serre" entend proposer par un éclairage non partisan, il devient difficile de se mobiliser et d'attribuer une faveur aux actions entreprises par les sentinelles de l'environnement (Eau et rivières de Bretagne me reconnaît ce statut). La tentation est forte parce que la nature humaine est ainsi faite, dans une ultime phase de médiocrité, dans laquelle cette société nous plonge, de porter atteinte à l'intégrité physique d'individu, signe avant coureur d'une dégradation profonde de la tolérance à supporter "celui qui ne me ressemble pas et à qui je conteste le droit d'exister". Je me pose alors légitimement la question de savoir si ce type de comportement ne s'apparente pas à tenter d'instaurer la terreur, sinon de faire preuve de terrorisme à l'encontre d'"emmerdeur d'écolo" ?
Entre les serristes, des supporter de foot, des chasseurs, des usagers du chemin de kervenal, des politiciens teigneux et dégénérés, la liste est longue de ceux qui depuis plus de 5 ans me traitent de "connard" ou mieux de "salafiste",  et sembleraient apprécié que je sois dévoré par des charognards ou à défaut que je disparaisse dans la vasière du Pedel (à certains, je leur fais comprendre qu'il faut un ticket pour faire la queue). Mais aucun n'avait encore soulagé cette haine, alimentée par une vindicte populaire aussi peu surprenante que minable. C'est chose faite par un ferrailleur, désireux d'en découdre avec l'Abeillaud. Chose aussi peu surprenante que minable (peut-être lors d'un précédent mais à l'aide d'une tapette à mouches). Au passage, le beau-père de ce gougnafier était propriétaire de parcelles à l'endroit duquel devait s'implanter en 2012 le fameux centre de formation du stade en brestois. Propriétaire qui n'a pas attendu la fin des procédures pour abattre des arbres sur les talus, pour certains, vieux de plus de 50 ans et donc protégés par le code rural. On peut imaginer que l'agacement du ferrailleur, alimenté par ma présence sur-médiatisée dans la presse locale à propos toujours de l'écologie, prend sa source à ce moment là.
Avec l'association A quoi ça serre, nous avons décidé de porter plainte. Non pas pour réclamer à cet insignifiant personnage, une quelconque reconnaissance des torts occasionnés, mais davantage pour indiquer au prochain, qui s'aviserait de prendre ma tête pour un pushing ball, que rien ne me terrorisera. 
Qu'il passe alors son chemin. Non pas que j'y trouve une satisfaction particulière mais le peu que j'aurais pu faire pour la Nature, aura été en adéquation avec ma conscience. Et comme personne, hormis moi-même, ne peut altérer ma conscience, je ne vois pas ce qui pourrait me contraindre. 

*Pour rappel, en 2017 on recense au moins 207 assassinats de défenseurs des droits à la terre dans le monde, tués dans le cadre de leur action pour la protection de l’environnement. 

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