Lindouar. A fleur de peau

Lindouar. A fleur de peau

mardi 30 octobre 2018

Les prédateurs du patrimoine naturel immatériel

Encore une prouesse de prédateurs à qui l'on confie l'entretien du patrimoine naturel immatériel, garant de notre biodiversité antédiluvienne. On nous répondra que ce n'était que deux arbres... Mais s'ils étaient classés, et donc protégés, c'est qu'il y avait au moins une bonne raison à cela ? 

Deux chênes gorgés de terre bretonne que l'on égorge à grands coups de dents mécaniques. Et que reste-il de ces forteresses ? Des ruines. Un tas de bois éteint. De vieilles racines ridées. Et des âges qui se consument dans la bêtise humaine. Etait-ce leur ombre majestueuse qui persécutait leur peu de hauteur d'âme ? Etait-ce tous ces papillons flottants dans les poèmes, enchaînés au vent du chêne, qui gangrenaient  leur médiocrité ?

L'ONF avertit qu'elle n'intervient pas dans la police liée dans la bonne application de documents administratifs, hors forêts publiques, et conseille de rencontrer un élu de Plougastel, en charge de la question. C'est vrai que nous pourrions solliciter J.J. André pour sermonner les serristes incriminé, étant lui-même un ancien serriste et malheureusement en charge des questions de "développement durable". 

Bah bien-sûr ! Nous pourrions peut-être, en compassion, demander à ce que ces prédateurs replantent deux arbres pour le préjudice subit et qu'ils reconnaissent l'illégalité de leurs actes ?










2012

2015

2018







  

samedi 27 octobre 2018

Les vicissitudes d'une abeille sauvage, suite II

Retrouvez la trace de l'Abeillaud dans l'ouverture
http://ddlabeillaud.blogspot.com/2018/10/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage.html

puis dans la suite I 
http://ddlabeillaud.blogspot.com/2018/10/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage_17.html

C’est parce qu’il avait vu l’Abeillaud se démener comme un véritable défenseur de l’environnement, qu’un apiculteur, aguerri dans l’art de sortir son dard pour dénoncer les effets des néonicotinoïdes sur les abeilles, l’imagina revêtir le costume de Président de la République. Une troisième comparse vint souder une équipe de campagne, partie pour rivaliser avec les ténors de l’échiquier politique français. Et qui mieux comme exemple que Jacques Chirac pour donner le ton du lancement de cette campagne, avec ce vieil adage, qu’il a surement usé à force d’abus, et cela tout au long de sa carrière politique : « plus c’est gros, plus ça passe ». 300 promesses de parrainage semblait un chiffre suffisamment éloquent pour attirer l’attention des médias et rendre hommage au maître incontesté du genre. Comment un anonyme, déguisé en abeille, qui se présente à l’élection suprême, à partir du seul programme, inspiré du protocole de Kyoto sur la biodiversité, avait pu obtenir l’attention des élus ? L’idée était simple. Il suffisait de prétendre que des volontaires, militants écologistes chevronnés ou apiculteurs aux abois, avaient contacté des mairies, essentiellement implantés en milieu rural. Presque tout le monde à la campagne connaît un voisin, un ami, un parent qui pratique l’apiculture, très souvent comme une activité de loisirs (à partir d’une seule ruche, la notion d’apiculteur, même amateur, suffirait à consterner tous ceux qui tentent de déployer un cordon sanitaire autour de leur rucher afin de se prémunir d’une contamination du fait de cette activité de loisir). Il peut même s’agir du maire lui-même. Toutes les zones géographiques sont couvertures par l’apiculture : montagne, littoral, plaine,….. Nombreux sont ceux qui s’accordent à penser que l’importation massive de miel est une source de fraudes et que le déclin des abeilles est dramatique. Et ce ne sera une surprise pour personne que d’apprendre que l’abeille exerce une fascination tout particulière sur l’imaginaire collectif, faisant de cet insecte l’un des plus populaires représentants de la biodiversité, à en juger par le nombre de fois où on appela l’Abeillaud, « Maya ». Donc la mobilisation des élus pouvait se tenir, en tout cas se justifier. L’annonce de la candidature s’est faite en janvier 2012, laissant le temps soi-disant nécessaire à la prospection durant tout l’automne 2011. Le gros du soutien se répartissait entre le « grand ouest », les zones de montagnes et le Sud-est de la France.
Le plan de communication reposait sur très peu d’éléments. Enfin si. Il reposait sur les épaules de Didier. L’enjeu était de taille, mais lui, en avait-il la carrure ? Il fallait bluffer. Gagner au change. Chaque élection présidentielle entraîne son lot de candidats hurluberlus avec des revendications fantaisistes. Les médias, sans trop d’à-priori, se délectent de les présenter au public, même s’ils ne les font pas figurer dans la même catégorie que les candidats issus de familles politiques, trouvant la légitimité de leur représentativité dans l’assurance d’un relai médiatique et dans les commentaires des observateurs. Qu’auraient-ils d’autre à faire, d’ailleurs ces observateurs, à part se noyer dans l’assurance de leur propos ? Les journalistes prennent soin de cantonner ses candidats atypiques dans des modules d’infos à part, un fait divers souriant et plein de condescendance. On ne les prend pas au sérieux, surement à juste titre d’ailleurs, aucun n’a jusqu’à présent recueilli les 500 signatures obligatoires pour se lancer officiellement. Donc les médias ne prennent pas beaucoup de risques à s’aventurer dans des pronostics farfelus. Quoique, à voir le nombre de journalistes présents au lancement de la campagne, le doute pouvait encore planer. La déontologie ne se définit pas juste dans le cadre  privé d’une profession. Elle devrait accompagner la parole et le geste politique qui eux, s’apparentent davantage à une fonction publique dont l’exigence de transparence devrait être le socle d’un mandat. Didier s’apprêtait à mentir aux médias. Soit. En oubliant son costume d’abeille, il serait fidèle à la proportion de politiciens à faire des déclarations « bidons », des promesses intenables : ce ne sont pas les beaux discours qui font gagner une élection mais bien les luttes d’influences. Alors il fallait parvenir à infléchir la presse, contraindre ses choix rédactionnels et l’attirer dans ce petit restaurant qui faisait face au lycée de l’Harteloire à Brest. Ce fut chose faite. La conférence de presse se déroula dans une ambiance où planait un mélange d’incertitude et d’incrédulité. Qu’est-ce qui a fait que le plan fonctionna comme prévu ? Didier ne le savait pas. Peut-être la présence du représentant des apiculteurs professionnels, rendant crédible l’annonce des 300 promesses de parrainage ? Toujours est-il que la photo prise par l’agent de l’AFP, d’un dédé l’Abeillaud hilare, posé sur une chaise à couffin, au dossier en bois, majestueux, remontant très haut, dans un décor digne des plus belles pièces d’une crèche pour enfant, fit le tour des rédactions et commença à être diffusée. Si l’AFP envoyait un correspondant, c’est qu’elle prenait cet évènement suffisamment au sérieux pour le couvrir.
 Les trois mois qui suivirent furent un enchaînement d’articles dans des revues, d’interview téléphonique ou à la radio et de reportages vidéos. Sa notoriété était grandissante, surtout en Bretagne et plus particulièrement à Plougastel-Daoulas, son lieu d’habitation. On découvrait un personnage haut en couleur et fort sympathique. Les soutiens se faisaient plus nombreux, même si ne pas dévoiler la supercherie à quelques-uns, le chagrinait sincèrement. Le scepticisme, lui, avait presque disparu dans les propos des journalistes et dans ceux des politiques. L’article dans « Le Monde » aida certainement. Puisque les confrères en parlaient, on ne pouvait pas faire l’impasse, on devait réagir et évoquer le sujet : 354 promesses en Mars. La collecte avait ralenti. Normal, il n’avait jamais été question d’aller jusqu’au bout. On n’avait déjà bien sollicité les troupes et faute de moyens, les déplacements butaient sur Paris. Les autres candidats qui galéraient pour soulever des soutiens, s’étouffaient dans leur orgueil, à commencer par Dominique De Villepin. Cet homme d’Etat, à la fois gaulliste et ancien premier ministre, qui s’était opposé à la première guerre d’Irak face aux américains, ne parvenait pas à obtenir suffisamment de ralliements sous son nom. Il déclara sur le plateau du Grand Journal de canal + : « Regardez des candidats sérieux, vous en avez. Prenez dédé l’Abeillaud ! ». Même Jean-Michel Apathie, journaliste politique de premier plan, révisa sa position de départ : « S’il obtient ses 500 parrainages, on l’invitera dans l’émission », une annonce qui s’est faite avec un sourire « mi figue, mi-raisin ».
La dernière étape de la campagne consistait à annoncer le retrait de dédé. Là encore, l’Abeillaud enchaîna les reportages et les articles sur le net. Là encore, l’ex-candidat (qui n’a jamais été candidat quand on y pense bien), attira l’attention d’une candidate en panne de reconnaissance. Pendant que Didier, précautionneusement, s’exerçait à couper quelques brindilles de mimosa à l’attention d’une femme, aussi belle que désirable, au point de compromettre son discernement, absorbé par le trouble de pensées charnelles, il fut brusquement interrompu par un appel de Corinne Le Page. Après les formules de politesse, ils en vinrent au vif du sujet : « Vous n’êtes pas sans savoir que je suis moi-même candidate mais je n’ai pas encore atteint les 500 promesses de parrainage. Accepteriez-vous d’interférer auprès de vos soutiens pour qu’ils appuient ma candidature ? J’ai déjà fait beaucoup pour l’environnement – Ecoutez Mme Le Page, je ne remets pas en cause vos engagements mais avec l’équipe de campagne nous avons décidé de n’appeler à soutenir aucuns candidats ». L’avocate insista un peu sans obtenir la moindre contrepartie. Comment pouvait-il en être autrement ? La fin de non recevoir interrompit leurs échanges. Pas complètement toutefois. Avant de raccrocher, certainement agacée par ce refus, Corinne Le Page conclût en ces termes : « Très bien. Je suis députée européenne. Je tacherai de m’en souvenir ». Didier, satisfait, aurait un joli bouquet à offrir à cette femme. Ca lui ferait plaisir. L’essentiel était là, dans ces clochettes odorantes, annonciatrices de moments de réjouissance. Corinne Le Page ne serait pas candidate aux élections présidentielles de 2012.
Avant de tourner la page de cette épopée mouvementée, une nouvelle vision de l’univers des médias s’imposait à Didier. Hormis l’interview accordée à une journaliste chilienne de « TV4 Monde », qui dégageait une certaine sincérité pour la cause qu’il représentait, Didier ne se sentit pas mal à l’aise dans l’exercice de fausses déclarations à la presse. Et à force de sollicitation, même s’il savait qu’il ne détenait pas le sésame utile à sa couverture médiatique et que cela ne l’affectait pas dans son propre jugement, il agissait pour une bonne cause, une cause juste. Parfois, il en ressentait presque une satisfaction de manipuler des journaux, dont les propriétaires étaient le plus souvent des salauds de capitalistes. Mais une part de lui était quelque peu songeuse: comment des journalistes pouvaient-ils publier des papiers sans un travail préalable d’investigation ? La source était-elle fiable ? Pourquoi n’avaient-ils pas pris le temps d’interroger quelques apiculteurs ou quelques militants ? Peut-être que finalement ils subodoraient quelque chose mais comme la cause était juste, et le personnage plutôt sympathique, ils la soutenaient à leur tour. En tout cas, le dénouement ne le dira pas et ce n’est pas ces quelques lignes qui viendront changer ce qui est sous-entendu.
Alors, après cet exercice électoral, avait-il aliéné ce besoin de reconnaissance envers ses enfants ? Didier pensait que oui. En partie oui, bien aidé en cela par les merveilleux dessins de Marcel de la gare, utilisés comme badges pour accommoder les vêtements de quelques copains et copines de leur école primaire. La fin de campagne n’était pas vécue comme une défaite. Au contraire. Le nom de dédé l’Abeillaud butinait dans les bouches. Son évocation faisait bourgeonner des sourires, émaillés du bourdonnement du super héros, bizzzz ! Didier le voyait bien dans les yeux des enfants ; il y avait là une espèce d’amabilité à croiser un parent de l’école qui avait fait le buzz. Les rendez-vous avec les médias continuaient. A un rythme moins effréné certes, et qui laissait le temps à Didier d’apprécier l’attention qui l’avait suscitée auprès de la population locale. Des interrogations peinaient à satisfaire les plus sceptiques ou les moins dupes. Quoique premiers supporters d’une telle blague, ils le titillaient pour en savoir plus : « Bon alors, tu les as eues tes promesses ou pas ? ». La réponse, évasive, ne variait pas : « Ah ! Ca fera partie de la légende ». Le tout se terminait dans des éclats de rires et une tournée au bistrot.
L’après campagne de l’Abeillaud se prolongea encore quelques mois. De façon plus ponctuelle mais ô combien savoureuse. Il n’avait qu’à se souvenir de ce week-end passé derrière les murailles de St Malo. Courant mai 2012 Didier accepte de soutenir la candidature de Carole Le Bechec pour le compte d’E.E.L.V. aux élections législatives. Au programme, déambulation atypique sur les marchés et une conférence d’un ami apiculteur, venu pour l’occasion. Se trouve parmi les personnes présentes, une autre apicultrice amateur, Corinne Maier, qui est une amie proche de la candidate. C’est une joie pour Didier de faire sa connaissance sachant que, quelques mois auparavant, il avait lu son best-seller « Bonjour paresse ». Un régal ! Comme son séjour. La présence de Pascal, un autre ami de Carole, vient composer un quatuor joyeux et fêtard. Ils profitent amplement d’un St Malo en ébullition. Déjà parce que se tient une énième édition du festival « des étonnants voyageurs », mais surtout parce que les trublions de la compagnie « La Belgique Sauvage » affole les codes de bienséance lors d’une soirée tout en couleur. Didier multiplia de nouveau, par la suite, des occasions de revêtir le costume du faux-bourdon. De toute évidence, il ne voulait pas s’arrêter à un grand coup médiatique puis passer à autre chose. L’effet avait été certain, mais la tâche, en réalité, ne faisait que commencer et pas forcément là où il s’y attendait.
Un type, lors d’une quelconque manifestation de rue, que Didier avait croisé quelques années auparavant, tout en le saluant, lui dit : « Tu as eu ton heure de gloire ». Une autre encore, militante écologiste, aperçue dans des rassemblements de faucheurs volontaires l’interpella ainsi « Tu vas attraper la grosse tête ». Didier ne comprenait pas ce que cela signifiait. A quoi bon s’attarder à convaincre du contraire, ce qui aurait de toute façon renforçait l’illusion d’un engagement désintéressé et sincère. Comment leur dire qu’il se mobilisait pour l’écologie avant tout pour ses mômes ? Fallait-il adopter une posture quand on se soucie de la nature ? Y avait-il des mots pour cela ? Avait-il d’ailleurs besoin de motiver son action ? Se justifier de quoi ? D’avoir traversé la Bretagne en pleine période glaciale de février 2012, dans une voiture sans chauffage, couverte de gel, où les doubles paires de chaussettes et de gants enfilés ne suffisaient pas à soulager la morsure du froid, puis se retrouver en collant devant le jardin du Luxembourg à Paris, piétinant du fait des 2°c ambiants, à attendre les médias et, enfin, quelques jours plus tard, tomber malade ? C’est comme ça que l’on attrape la grosse tête ? Didier avait surtout chopé la grippe oui ! La gloire ne le concernait pas, ni même la reconnaissance d’un statut social, provisoire, puisque ce dont il avait conscience, c’est que le Tout est éphémère.
C’est un joli mot, « Ephémère », un adjectif garni de féminité. L’éphémère s’agite sur un rythme court, sous une forme cyclique, hachée, en pointillé, qui apparaît et disparaît, qui vit et qui meurt, le temps de la vacillation d’un œil. S’il s’agissait d’une musique, elle n’aurait pas été celle de Satie, mais Satie lui-même. L’éphémère exalte la beauté d’un insecte ou le plongeon du Soleil. Il meut avec les éphémérides d’une journée ou les affaires du Monde, usurpé, dans ce dernier cas, par l’instantanéité arithmétique. Employé comme substantif singulier l’éphémère devient neutre, avec tout de même un goût d’inachevé, une amertume discrète qui ne s’affirme pas tout de suite mais qui s’affine plutôt comme le couperet d’une lame. Tout a un temps. Et rien n’a de raisons. 

Eaumerta sur des pollutions politico-industrielles

Déjà en 2017, l'association de protection de l'environnement "A quoi ça serre ?" avait avisé la préfecture du Finistère sur les carences du maire de Plougastel-Daoulas, Dominique Cap, en matière de protection de l'environnement et de la bonne application du Code Général des Collectivités Territoriales sur le volet de la salubrité publique. C'est par l'indifférence que le préfet nous répondit, substituant, contre toute logique, les missions dévolues à des agents de la Police de l'eau, par notre rôle de sentinelles de l'environnement, nous obligeant alors, à persévérer pour que les infractions à la fois des élus et des industriels, aux règlements des codes qui régissent notre organisation sociétale, soient dénoncées.

Dès lors, comme le reconnaissait Dominique Cap tout récemment, il faut "s'armer de patience" et de détermination, à défaut de soutien, et en premier lieu des services du pôle écologie urbain de BMO, pour parvenir à démontrer les incivilités du maire et les dérives des industriels. Mais après tout est-ce une si mauvaise chose ? En admettant que ce personnel qualifié, rémunéré gracieusement par les contribuables, enclin à promouvoir la médiation avec les serristes, prêt à flirter avec la conciliation auprès de Saveol par une visite de courtoisie chez un adhérent de la coopérative, pollueur à grande échelle, en admettant donc qu'ils se plient devant l'écrasante nécessité à tout crin (et à tout craindre) de ménager les vertus économiques de ces industriels par des contrôles de routine, peut-être que nous n'aurions pas découvert que la collusion entre éluEs et industriels est un exercice obscur du pouvoir, si prisé par des personnes détentrices de l'Ordre public et de L'Ordre privé, même que, à la toute petite échelle de Plougastel-Daoulas, la convoitise du pouvoir et les pulsions de posture sociale répandent aussi leur odeur de merde !

C'est bien d'ailleurs ce qui frappe quand on arpente les zones humides sur le secteur de Ty ar menez, classées en zone naturelle et donc sensément protégées, c'est cette odeur de merde, cette odeur de lisier que l'on pourrait concéder à des porcs. Le périple est périlleux entre les ronces des friches et les arbres couchés. Il est lourd aussi. Les pas s'écrasent dans la vasière, jusqu'au point le plus haut du bassin versant que surplombent les serres de ty ar menez. A travers la végétation squatte un tuyau d'évacuation de rejet d'une eau certainement polluée, provenant des bassins situés près des serres. Les prélèvements d'échantillons d'eau sur la parcelle d'un adhérent d'AQCS nous le confirmeront quelques semaines après ce 10 juillet. 



D'autres conduits d'évacuation sont visibles sur un autre secteur (photo anonyme)

vaste zone humide polluée ? Combien d'ha ? 10, 15 ha directement impactés ?(photo anonyme)
Chevelu des cours d'eau, bassin versant, ty ar menez


vidéo anonyme

Nous savons que, généreusement, BMO a réglé la facture pour les analyses de juillet, effectuées par Labocéa (Plouzané). Nous savons aussi, lors d'échanges avec le pôle écologie urbain de BMO, que le rapport révèle des pollutions. Nous savons qu'il fallait adresser un courrier à BMO et à son président, pour obtenir une copie de ce rapport. Ce que nous ignorions, c'est à la fois la nature et le niveau des pollutions. Finalement, la direction de l'Ecologie urbaine, par la signature de son président, Francis Grosjean, se décide à filer la patate chaude à la mairie, certainement sur recommandation du chef des services, Philippe Masquelier, et, par courrier en date du 08 octobre, qu'il faudra dorénavant s'adresser au maire pour qu'il nous octroie cette faveur. Connaissant la bonne habitude de Dominique Cap à snober nos courriers, on est en droit de s'interroger sur la bonne volonté du maire de répondre à cette lettre, recommandée avec accusé de réception que je lui fournis, au nom d'AQCS le 04 octobre (demande initiale le 10 septembre auprès de BMO), quand au bout d'1 mois d'ignorance pathologique, la photo d'un repas va nous éclairer sur les pratiques de nos éluEs et nous expliquer pourquoi nous ne pouvions pas avancer sur ce dossier explosif. 

Que nous dit cette image de ce grand monde qui dégrade le vôtre, le mien ? 


Elle ne nous dévoilera rien de plus sur la nature humaine. Nonobstant ceci, l'ambiance semble conviviale, sobre, presque sympathique. Le repas n'est pas celui d'une cantine scolaire. Sauf que si on veut bien ne plus s'attarder sur les assiettes des convives, on pourra décortiquer leur connivence et leur collusion. Il ne s'agit ni plus ni plus moins d'un after après un séminaire entre EluEs organisé à Douarnenez. C'est l'ancien maire, Philippe Paul, qui reçoit. Sénateur, il est aujourd'hui le représentant des Républicains pour le Finistère. A sa gauche, le maire de Plougastel-Daoulas, que l'on ne présente plus puisque déjà cité précédemment. A ses côtés, figure Gwenaëlle Gouennou, adjointe au maire de Plougastel, directrice des sociétés énumérées dans la constellation ci-dessous, dont l'époux, Fabrice Gouennou, n'est autre que son employeur, assis en vis à vis. 

Est-on en droit de s'étonner de la présence d'un industriel lors d'un séminaire entre élus locaux? De plus, cet homme, associé à ses deux autres frères, sont les propriétaires des serres de TY AR MENEZ (voir le schéma ci-dessous). Nous pouvons donc supposer, à ce stade, que les pollutions, largement répandues, proviennent des serres de ty ar menez et que, en supposant toujours, AQCS n'aurait pas reçu une copie des résultats à cause des liens qui les rassemblent tous ? Ceci voudrait indiquer que si le maire ne nous a pas communiqués les résultats c'est parce qu'il tente de protéger ses amis, à la fois l'industriel et l'élue, en lieu et place de l'espace public dont il a la charge ? Ce qui en soit pourrait expliquer l'abus de pouvoir, aidé par le menu fretin dont l'adjoint au développement durable Jean-Jacques André,  qu'il a fait preuve à mon encontre, en voulant m'interdire, au nom d'AQCS, la lecture de documents administratifs relatifs aux installations des frères Gouennou. 



En attendant qu'ils aient terminé leur repas, nous avons quand même du mal à avaler le poids des préjudices qu'ils font subir sur la nature (l'ironie du sort supposerait que l'étang de Milin kergoff, où se déroulait la "fête de la nature" organisée par la mairie en 2018, se situe sur le trajet des eaux déversées par les serres). Sur bien des aspects, l'élu Dominique Cap est en faute, à trop vouloir patauger dans la duplicité avec ses amis industriels. Il n'ignore pas la loi, il ne l'applique pas. A moins que je sois obligé de lui faire rappeler, par exemple, que le Code civil régit l'écoulement des eaux pluviales entre propriétés voisines et que les eaux altérées, comme une eau industrielle souillée, ne bénéficient pas de la servitude d'écoulement. Au besoin, AQCS s'adressera une nouvelle fois au Tribunal, sur ce point et sur bien d'autres, pour obtenir gain de cause afin d'être en accord avec son objet.

Mais avouons tout de même que L'omerta autour de cette situation, qui n'est qu'un exemple malheureux parmi tant d'autres ailleurs, résulte d'une défaillance pitoyable, d'une organisation qui protège un hors-la-loi comme Dominique Cap, affaiblissant considérablement le rôle d'un élu, d'une administration et d'organisations qui protègent des pollueurs, que l'on bombarde à coups de subventions (notamment le FEAMP). La carence du maire de Plougastel que nous soulignions en 2017, est partagée par tous, et au premier rang duquel, le Préfet du Finistère, celui-là même qui apostrophe les syndicats sur la mauvaise qualité des eaux de la rade de Brest. 




mercredi 17 octobre 2018

Les vicissitudes d'une abeille sauvage, suite I

Retrouvez l'ouverture du récit ici

http://ddlabeillaud.blogspot.com/2018/10/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage.html

L’activité frénétique de l’Abeillaud combla les trois années qui suivirent. Entre les foires et les salons, les improvisations de rue perchées sur une ruchette où il clamait à qui voulait bien l’entendre son discours pour les élections « pesticilentielles » écrit à deux mains avec la complicité de Marcel de la gare, les actions « coup de gueules » des apiculteurs, les intrusions citoyennes comme au parlement européen ou chez Castorama pour dénoncer la vente du Round Up, le ralliement au procès des faucheurs volontaires de Colmar, l’organisation de Marches contre Monsanto,… Chaque journée se remplissait telle l’alvéole dans un cadre, d’un sentiment onctueux et liquoreux, et pouvait l’emmener loin dans ses démarches. Au moins jusqu’à Bruxelles au siège de la Commission européenne et à Strasbourg au cœur du Parlement européen, pour faire part, auprès des eurocrates et des députés, de son inquiétude liée à l’agression que subissent les abeilles.

Bruxelles, mardi 27 septembre 2011. 10h30 rue de la loi.
Didier est serein. Il enfile le déguisement de dédé l'Abeillaud dans une rue étonnamment calme, adjacente à l’avenue où se situe le bâtiment de la Commission européenne. V., sa logeuse bruxelloise, lui a fait savoir que ce mardi était pour  les francophones une journée chômée. La ville elle aussi est au repos. Quelques passants, incrédules du spectacle qu'offre  la transformation au cul de la voiture, une autre logeuse improvisée, viennent interrompre l’immobilisme des lieux.
Didier est à Bruxelles depuis la veille. Après avoir quitté la Bretagne en début de matinée, il traverse la France durant la journée. Il décide d'emprunter l’autoroute pour  gagner 2 heures de conduite car une douleur lui tiraille le bas du dos, depuis quelques semaines, quand il roule plus d'une heure. Il a fini par aller voir mon toubib mais le traitement anti-inflammatoire qu'il lui a prescrit lui donne des maux d'estomac. Donc pas de médocs. Tant pis. Didier supportera les lancements de ce nerf vicieux. Il faut d’ailleurs qu’il n’y pense plus quand il arrive en Belgique, car la « 4 voies » manque sérieusement de confort. Le macadam est jonché d’ornières plus ou moins entretenues. Les panneaux « ornières fréquentes » l’amusent follement car installer des indicateurs pour des trous lui fait penser qu’ils seront là encore pour  un bout de temps ! De chaque côté de cette route rectiligne, une rangée d’arbres ininterrompue l’emmènera jusqu’à Bruxelles. Il arrive au bon moment. Il est 18 h. La circulation est à son summum et il n’a pas réussi à joindre V. car Didier ne m’en sort pas avec les indicateurs téléphoniques. « Bip bip bip bip… », « Allo V. ? Ah non ce n’est pas V. », me répond la voix d’un homme. La nuit s’installe et les clignotants de la voiture ont décidé à ce moment là de faire le service minimum. Pas de panique Didier a le GPS. Il finit par se prendre au jeu en se comportant comme un bruxellois, enfin il essaye. Une queue de poisson, parfois deux. Ah merde ! Le feu était rouge… Et il est passé, il se faufile et se défile. Le tram traîne en longueur.  Il dandine, à gauche puis à droite. Il s’arrête lui au feu rouge. Il prend son temps pendant que l’obscurité s’agglutine inéluctablement. Pas de panique, Didier a le GPS. 19 h. Il parvient enfin à ma destination, rue … Chez V..
V. est une jeune bruxelloise qu’il a croisée quelques semaines auparavant dans les Hautes-Alpes. Ils ont échangé quelque peu en évoquant la Bretagne et ses séjours chez un cousin des Côtes d’Armor. Didier lui suggère de noter son adresse au cas où le périple à pied l’emmènerait au pays. Elle promet de lui adresser une carte postale dès qu’elle arrive sur Nice. Ce qu’elle fait. Sans la connaître Didier a alors senti qu’il pourra compter sur elle lorsqu’il organisera son voyage. Après lui avoir expliqué ses intentions par internet elle accepte de le recevoir chez elle. De visu, il s’aperçoit en fait qu’ils partagent un certain nombre de valeurs et d’engagements. Ces 2 jours sur Bruxelles ont été denses grâce à sa disponibilité.
Mais au fait, pourquoi dédé l'Abeillaud est-il à Bruxelles en ce début d'automne ? Replay. Didier ne m’attardera pas sur le passage de dédé l’Abeillaud, fin avril à la Cecab de St Alouestre, dans une action de désobéissance civile orchestrée par les faucheurs volontaires, mais Didier découvre que son intervention improvisée a marqué les esprits, notamment celui de Marcel de la gare. Pourtant Didier pressent qu’il ne sens pas complètement armé pour soutenir l’abeille devant la commission car c’est de cela dont il s’agit. On lui pose souvent maintenant la question : « Tu es apiculteur ? », il répond « Entre apiculteur et abeille j’ai choisi abeille ». Ainsi Didier pense pouvoir garder son libre arbitre et peut plus aisément se présenter comme individu de la société civile, sans partie prix, en tout cas visible, pour interpeller sur le sort de l’abeille. Donc pour préparer ses entretiens de septembre il convainc la Ffap (Fédération française des apiculteurs professionnels), de lui apporter un appui technique (argumentaires sur les pesticides,…). Il sollicite un soutien politique d’élu(e)s de la région Bretagne qu’il obtient. L’adhésion militante est quasi immédiate. Plus inattendu, et inespéré, est le soutien financier que lui apportent l’association des dessin’acteurs et le Comité breton de soutien aux faucheurs volontaires. Dédé l’Abeillaud a maintenant une espèce de légitimité et il se sent pousser des ailes !
Alors que l’entretien qu’il sollicite auprès d’un membre du cabinet de John DALLI, en charge des questions de santé au sein de la Commission européenne, est assez rapidement acté,  il a plus de difficultés à rencontrer des députés européens du groupe « les verts/ALE » au Parlement. Didier a donc rendez-vous, enfin, on devrait plutôt préciser, dédé l’Abeillaud a rendez-vous avec Mr Vassallo, collaborateur  du commissaire. Il a à peine quitté la rue où stationne le véhicule que des gens, fumant la clope sur le trottoir, l’apostrophent et le soutiennent dans sa démarche. Il prend. Il prend leurs sourires et la sympathie qui se dégagent de ce bref échange. Il prend car il doit lever la tête pour apercevoir le sommet du bâtiment. Il n’a pas sa ruche aujourd’hui. Elle m’aurait été bien utile pour se sentir à la hauteur ! Dès l’entrée des regards amusés, indifférents, interloqués se posent sur dédé l’Abeillaud. Il essaye de les oublier pour se fixer sur son seul objectif : l’accueil !
« Dédé l’Abeillaud ?
- Oui ?
- Vous êtes attendu. Je vous prépare votre accréditation ».  Le type à l’accueil engage la conversation.
- Vous savez mon frère est apiculteur et il a énormément de perte d’abeilles. Ca devient vraiment problématique ! Souligne-t-il. Je vous souhaite bon courage ».
Didier est ravi de ce premier contact. Il doit patienter. Toujours  les mêmes regards. il fixe son attention sur un écran géant  qui diffuse les débats de députés au Parlement européen. Il n’a pas vraiment regardé car il  de se concentrer. C’est Catherine Saermans, secrétaire de Mr Vassallo, qui vient me chercher. Son empathie lui est agréable et c’est en plaisantant qu’ils  déambulent dans un dédale de couloirs jusqu’à la salle où l’attend l’eurocrate.
Didier n’est pas venu les mains vides et lui remet une bouteille de vin bio, transportée par bateau à voile et un bel ouvrage sur l’art en Bretagne. Après ces premiers instants déconcertants pour eux trois, la conversation s’engage. A leur demande il ne filmera que la première partie des échanges. Quel contenu pour quel objectif ? L’entretien dure ½ heure. Les sourires sont de circonstance quand Didier fait dédé, toutefois les positions sont clairement définies. Ca ne fait rien, il a obtenu ce premier rendez-vous. Catherine le raccompagne jusqu’à la sortie et lui confie ; «C’est bien ce que vous faites. C’est une jolie cause que vous défendez là ». Il suppose qu’elle sait ce qu’ils  savent. Arrivé dans la rue dédé se sent bien. Vivant. Souriant. Détendu. Il n’a plus qu’à redevenir Didier pour l’embarquer jusqu’à la prochaine étape, Colmar pour le procès de faucheurs volontaires, mais avant il a un crochet à faire à Strasbourg au Parlement européen, pour présenter dédé l’Abeillaud. Cette fois-ci il ne devrait pas être seul car, Zabeille en costume, arrivée sur Colmar pour le procès de faucheurs volontaires, lui confirmera sa présence.
Didier quitte Bruxelles au petit matin du jour suivant. Il vient à peine de traverser le Luxembourg qu’il reçoit un appel de Zabeille pour m’indiquer qu’elle prend le train pour rejoindre Strasbourg.  Il sent que ça va être phénoménal même s’il ne sait pas ce qui les attend là-bas. Il y a des émotions euphorisantes à vouloir se confronter à l’inconnu,  surtout quand il s’agit de se présenter dans un autre espace pour une cause qui paraît juste. Et il ne le fait pas seul cette fois-ci. Arrivé à Strasbourg j’embarque Zabeille qui attend à la gare. Ils élaborent très vite l’intervention de chacun, toi sur ton entretien de Bruxelles et les pesticides, toi sur la question des OGM. Il est déjà 11h00 et il faut faire vite car « on » a fixé un rendez-vous à 11h30, sans avoir de rendez-vous…. Le « on » en l’occurrence c’est Michel Dupont, attaché parlementaire de José Bové. Courant septembre ilss échangent par téléphone et, lui semble-t-il, ils arrivent à se mettre d’accord pour un entretien le mercredi 28 septembre à 11h30. Il s’agit de choper les parlementaires en séances à Strasbourg. L’actualité est, qui plus est, brûlante autour de la question de la trace de pollen OGM retrouvé dans du miel en Allemagne et la décision de la Cour de justice européenne d’émettre un avis défavorable à la commercialisation de produits contaminés.
Ils arrivent à destination. Cette fois-ci il sort la ruche et son chariot. Il les sent animé d’une volonté ardente. A l’entrée  la sécurité les voit arriver. Il faut improviser quelque chose. Tant pis Didier bluffe. « Bonjour. Nous avons rendez-vous à 11h30 avec Michel Dupont, attaché parlementaire de Mr José Bové.
-  Attendez ici un instant. Allo ? J’ai des abeilles qui ont rendez-vous, je les laisse passer ? … Ok. C’est bon vous pouvez y aller !
-  Ah ! Vous avez quoi dans votre ruche ?
-  Oh quelques accessoires, des autocollants…, vous voulez que je l’ouvre ?
-  Non, non, ce n’est pas nécessaire ». Didier aurai pu très bien dissimuler une bombe….
Ils passent sans encombre le premier niveau de sécurité. Pendant ce temps Zabeille, à son habitude, a déjà sympathisé avec un gars de la guérite. Première observation : les berlines sont légion et mieux traitées que les vélos que l’on a entassés en vrac à l’entrée. Ils pénétrent dans l’enceinte du Parlement. C’est un bâtiment cylindrique avec une énorme cour intérieure. Il doit bien s’élever sur 15 étages. Il faut maintenant trouver l’accueil, pendant que le kazoo fait des siennes et que les deux abeilles virevoltent. Porte C leur annonce-t-on finalement. Les attendent 4 à 5 vigiles dans leurs vestons identifiables. Même topo qu’à l’entrée. Cette fois-ci dédé ne peut pas se soustraire aux obligations d’usage et passe la ruche sur le tapis de détection. Il doit rapidement repérer l’accueil pour gagner du temps. C’est fait.
« Bonjour. Nous avons rendez-vous à 11h30 avec Mr Michel Dupont. Un homme consulte une liste ». « Quel nom vous m’avez dit ? Didier D. pour dédé l’Abeillaud ? Je ne vois nulle part votre nom… Attendez, je vais appeler ». Il décroche le téléphone et attend. « Ça ne répond pas » Le prévient-il, « oui ça c’est normal » Pense-t-il. « On va patienter un peu ? » Lui dis Didier. Ils profitent d’être là pour faire le show. Pendant ce temps ça tergiverse à la sécurité. Oui puis « Non vous ne pouvez pas passer ». Et puis « C’est bon à la condition que vous enleviez les déguisements ». Il ne sait pas ce qui est convenu mais il est obligé de ressortir et laisser Zabeille qui a gardé ses vêtements sous son costume. Didier ne sent pas découragé car de toute façon ils n‘avaient pas de rendez-vous. Il revient dans la cour pour s’amuser en attendant ma comparse. Sourires. Poses pour        les photos. Bourdonnement au kazoo dès qu’il croise un groupe, jusqu’au moment où je suis interpellé par un certain Roucou, attaché parlementaire du député Alfonsi pour le groupe « les verts/ALE ». Tiens ! Ca commence à bouger. Didier explique sa présence quand arrive Michel Dupont, suivi de près par un autre attaché parlementaire Bruno Le Clainche : 3 pour le prix d’un ! Je pense à Zabeille qui cherche en vain un contact. S’en suit une conversation avec ces messieurs. La séance est quelque peu chahutée. « Ca se prépare une intervention comme la tienne ! Et puis il ne faut pas oublier les médias !  Et puis on a des tas de dossier à gérer ! » Et puis et puis…. « Je ne comprends pas qu’un citoyen ne puisse pas obtenir un entretien avec un député. On est ici au cœur de la démocratie européenne avec des représentants élus par les peuples… Je voulais te parler de mon passage à  Bruxelles et Zabeille des OGM… Et puis tu es en train de me donner des informations importantes que je ne suis pas en état d’entendre… Tu te rends compte que la ½ heure que je demandais, tu la passes ici dans la cour avec moi… Je n’ai pas besoin te faire rappeler qui est ton patron ?... Tu as des tas de dossiers à traiter ? Tu veux que je te parle de ma vie ? Je suis au RSA. La voiture que j’utilise est celle de mon père décédé il y a quelques mois ! Elle n’est pas en bon état ! Tu veux que je continue ? ». Didier est obligé d’en arriver là pour que l’atmosphère tombe d’un cran. C’est incroyable… Zabeille est revenue et improvise un débat avec eux. Elle s’adresse à Michel : « Le procès a commencé à Colmar ? Tu nous rejoins demain ?
- … J’ai des dossiers en cours… Mais je tâcherais de venir. ». Il est venu. C’est bien.
Tout s’enchaîne très vite à Strasbourg. Zabeille essaye l’acoustique du lieu et son chant fait résonance. Une dame d’une soixantaine d’années avec un fort accent anglais demande à dédé si elle peut prendre en photo. Il accepte volontiers, quand ils sontt apostrophés par 1 femme et 3 hommes, dont le responsable de la sécurité, le grand chef quoi ! C’est sérieux pour le coup.
« Je vais vous demander de quitter les lieux. Les gens se plaignent car vous faites du bruit … Non, non ! Ne discutez pas ! Veuillez nous suivre s’il vous plait !
- Attendez s’il vous plait ! Intervient la dame à l’accent, ces personnes sont avec moi maintenant, ils vont sortir, je les accompagne ».
Lui baisse d’un ton et change d’attitude. Il sait à qui il a affaire. Pas eux. Dédé et zabeilles sont ravis et apprennent à l’extérieur que leur protectrice est une députée du nord-est de Grande Bretagne, Fiona Hall, en charge des questions… sur les abeilles. Le sort leur est extrêmement favorable. Les coordonnées sont échangées.
Direction ensuite Colmar où se déroule depuis ce mercredi matin le procès d’une soixantaine de faucheurs volontaires. C’est Zabeille qui conduit car Didier a gardé son déguisement de faux bourdon. Après un passage au Tribunal d’assises, où se sont retrouvés plus de 300 personnes en soutien aux prévenu(e)s, Didier enquille pour 3 journées de représentation de dédé l’Abeillaud. Aux quatre coins de la ville il installe la ruche pour le discours aux élections « pesticilentielles », il distribue des tracts, et « kazouille » de jeunes filles en jolies fleurs. Elles l’invitent même dans un lycée privé où, malgré l’accueil exalté d’adolescentes, le mitraillant avec leur portable, dédé se fait virer par un professeur parce que « Monsieur, vous n’avez rien à faire ici, c’est illégal ! ». Tant mieux si c’est illégal Madame, dédé voulait seulement prendre quelques minutes pour expliquer ce qui se passait au tribunal.

L’expédition de dédé l’Abeillaud s’arrête là. David lui a continué son chemin vers la Franche-Comté puis Genève pour la vigie devant l’OMS. Au retour en Bretagne Didier a rendu visite aux occupants du site de ND des Landes. Toutefois, le summum de son butinage virevoltant fut, sans conteste, l’épopée de l’élection présidentielle de 2012. 

dimanche 14 octobre 2018

les vicissitudes d'une abeille sauvage-Partie une

Extrait d'un récit en cours


La première fois qu’il l’entrevît derrière la ligne d’arbres, Didier garda une certaine distance. Les pas qu’il fit vers elle, l’engageaient à l’indifférence et, ainsi éviter des signes ostensibles qui décèleraient chez lui une attirance naissante. Le regard se fixait juste sur le paysage, pourtant distrait par cette beauté étrange. Mais alors qu’il se persuadait d’avoir contenu l’émoi que provoquait sa présence, trop absorbé par la rigueur qu’impose la courtoisie d’une visite, il n’avait pas senti qu’elle lorgnait déjà, insidieusement, méthodiquement, sur son existence. Deux ans plus tard, Didier n’imaginait pas qu’elle deviendrait sa tombe.

Didier songeait depuis fort longtemps à sortir de ce cauchemars qui l’ankylosait affectivement dans l’obscurité. Etait-ce l’ombre de Batman sur la housse de couette qui l’exaspérait au réveil ? « Je ne peux pas continuer à dormir dans le lit de mon fils ». C’est vrai quoi ? Est-ce que c’est encore la place d’un adulte de 41 ans ? D’un père qui devrait avoir son propre plumard ? Au début, il s’accommodait de naviguer entre les lits superposés et le clic-clac, installé dans le petit salon, au rythme des visites des enfants et de quelques relations fugitives. Mais plus maintenant. Ca finissait par rejaillir sur sa situation chronique de célibataire, alors qu’il se sentait déjà bien affligé par le divorce.
Tout comme il n’avait pas choisi la housse de couette, il n’avait pas choisi cette séparation. Didier était persuadé qu’elle lui avait demandé de partir parce que la faillite de la boîte pesait sur sa lucidité et faisait craindre la perte de la maison. C’était quoi au juste cette maison? Sa foutue maison ! (Un jour il lui avait demandé ce qu’elle aimait le plus entre la maison et son époux. Ce n’est pas tant l’absence de réponses qui l’abasourdit mais cette expression dans le regard qui éclatait comme une évidence). Cette maison était un lieu de vie qu’ils n’avaient pas forcément envisagé, davantage une opportunité offerte par le beau-père de la copine de Didier, qui lui, y voyait un complément à sa retraite. La maison « plain pied », à partir de l’aménagement de la pièce centrale, rappelait l’ambiance boisée d’un chalet avec les pans de sa toiture inclinée. Le blanc de la peinture ajoutait, à l’empathie de l’habitat, un certain cocon. Un blanc qui l’avait lui-même posé, avec rigueur et affection. Les chambres, au nombre de quatre, étaient, elles aussi, couvertes de bois lasurés, plaqués au mur comme au plancher. Surtout celle du couple, où avaient jailli dans l’entrebâillement de la porte, tout aussi inattendus qu’une rafale de vent annonçant l’averse, ces mots, à la fois fulgurants et fugaces : « Je ne t’aime plus. Je te demanderai de partir ». Il n’avait rien vu venir. Surtout pas après la naissance du dernier. Tout juste 1 mois. Le stoïcisme avait figé la pièce comme s’il s’inspirait d’un « mouvement » en peinture. La souris ne bougeait plus à force de pression de l’acrylique, pendant que l’expression du visage se solidifiait lentement, craquelant sous l’effet du séchage. Le vernis avait tétanisé le corps et la pensée. Seul le cœur, à la cadence où il allait, ne s’étant pas préparé à une telle annonce, engloutissait la tension ambiante, échappant, de fait, à la léthargie de cette nature morte.
Il n’aurait rien vu venir ? Sa décision avait été certainement fomentée durant la grossesse. Il comprit d’ailleurs, bien plus tard, pourquoi elle désertait le lit conjugal, sous prétexte d’une position douloureuse et inconfortable, pour s’allonger dans une chambre voisine. La preuve qu’il n’a rien vu venir, c’est qu’il finissait par la rejoindre…. Alors comme il considérait qu’il est inutile de s’accrocher à une personne qui ne lui offrait plus son amour ni ses faveurs, il n’insista pas de trop, pas vraiment. Le mobilier et l’électroménager appartenaient à sa compagne, une acquisition rendue possible par un héritage, consécutif au décès du père de la mariée. Didier, consterné d’entendre dans la bouche d’un copain que des familles se déchiraient pour une petite cuillère, devait s’en tenir à l’essentiel, les vêtements. Et puis il y avait les enfants. Inutile de rajouter à l’incompréhension, la stupéfaction et le déchirement. Essayer de préserver ce qui pouvait l’être. Mais après maintes et maintes distorsions cérébrales, il finit par se dire que sa logeuse l’avait expulsé par défaut de provisions, entraînant la peur, infondée, d’un déclassement social. Voilà tout.
Didier se décida à laisser le clic-clac déplié, même si son ouverture mangeait le peu de surface que disposait cet appartement de 45 m2. Le confort et l’esthétisme, que pouvait offrir la décoration d’un intérieur, commençaient à s’éloigner de ses considérations matérialistes, à voir le meuble de bureau qu’il avait récupéré après la faillite de l’entreprise et installé dans cette pièce. Il avait accepté de s’écarter, peut-être aussi parce qu’il n’en avait plus les moyens, de ce que sa vie maritale lui avait offert ; une position sociale, la reconnaissance d’une vie ordinaire plongeant dans le quotidien familial ; honni le lit de 120 par 240 cm pour dorénavant s’affaler dans des nuits presque blanches à trop fréquenter les couches rudimentaires, posées à même le sol, les canapés trop mou des camarades qui militent pour le commerce équitable et les draps de passage qui l’éloignaient des ailes vampiriques de Batman.
Si successivement, la séparation, le squat mal vécu, l’éloignement douloureux des enfants, la liquidation judiciaire, l’état de stress, le décès de son père, les petits boulots de nettoyage, et toutes les situations incommodantes liées à l’état périclitant de voitures ne présentant plus toutes les garanties de viabilité, ponctuaient l’agenda de Didier, son moral ne flanchait pas. Mis déjà à rude épreuve, sa première hantise résidait dans la façon dont le bébé se comporterait vis-à-vis de lui. La mère refusait, par une décision unilatérale, de ne pas confier SON bébé au père car, considérait-elle, il ne pouvait pas l’accueillir dans de bonne disposition. Il faut bien reconnaître que la maison qu’il occupait ne garantissait pas le confort nécessaire. Une grande maison située à 150 m du chalet, appartenant à un médecin et une biologiste. Un couple, qui en déplacement au Vietnam pendant plusieurs mois, avait gentiment accepté la présence de Didier. De temps en temps, le dimanche après-midi, elle l’autorisait à garder le petit. Un jour, alors que la mère de Didier rendait visite à ses petits-enfants, elle prit le bébé dans les bras. Très vite, il se mit à pleurer. Instinctivement, alors qu’ils n’avaient passé ensemble qu’une poignée d’heures, il insista bruyamment pour revenir dans les bras du père, plaquant la tête contre son épaule. A voir le silence qui s’en suivit, on aurait pu se demander lequel des deux était le plus soulagé. L’amour avait, à cet instant, saisi leur retrouvaille. C’est le père qui se mit à pleurer.
Dire que le poids de son désœuvrement ne l’affectait pas serait oublier que Didier s’adonnait de temps à autre à un alcoolisme abyssal afin d’éteindre les feux de détresse et tenter, en vain, d’amoindrir sa tristesse. Ce qui, toutefois, ne le diminuait nullement dans ses efforts pour rebondir, en s’assurant des courses de fond hebdomadaires et faire mentir l’ex-épouse, à voir la quinzaine de kilos perdue : « Je pensais que tu t’enfoncerais ». Cette délicate pensée raisonna chez Didier, non pas pour y trouver matière à conflits et ourdir une contre-attaque tout aussi caustique, mais pour mieux saisir le sens de sa vie. Qu’est-ce qui motivait cette volonté de réagir et surtout d’agir ? Qu’est ce qui pourrait remplacer, dignement, la présence des enfants ?  Dans un calendrier à trous, chaque jour, marqué d’une croix, se consumait inéluctablement, d’autant plus que le rythme biologique se fout des états d’âme et ne fait aucune pause pour convenir au désir parental.
Car là encore, l’ex-femme pouvait se tranquilliser de toutes velléités du père des enfants de perturber les dispositions du jugement de divorce. Au point que la présidente, en guise d’infliction non mesurée, s’adressant à l’assistante exclusivement féminine, qui faisait dire à Didier que ce n’est pas le genre qui suscite du mépris mais bien la fonction, s’accorda à proclamer, lors de la première et unique audience, devant la présentation d’une situation non solvable du géniteur, et la garantie d’obtenir la garde des enfants pour la seule responsable légale, que « Ce dossier sera vite réglé ». Le dossier certainement. Mais pas sa vie. Sa vie à lui. C’est sa vie qu’on expulsait lors d’une césarienne non désirée. A l’instar du souvenir radieux de la robe de mariée de la requérante, la robe noire de ces hussards rêches, qui sied théâtralement à leur beauté glaciale, rajoutait au poids de cette sentence implacable. Quel que soit le cas de figure, l’arrogance masculine devait se rétracter dans son froc, devenu ample pour le coup.
Comment allait-il faire ? Didier pouvait s’arranger avec les objectifs de décroissance et de récupération d’objets sommaires, il pouvait même s’asseoir sur des boulots gratifiants et rechignait à des postes équivalents à sa qualification, pourvu qu’il donne du sens aux rencontres épisodiques avec ses trois enfants. L’intérim ne s’applique pas à tous les domaines de la vie de père. Il avait signé un acte d’union, pas un contrat à durée déterminée. Il avait surtout décidé, intrinsèquement, d’assumer ce rôle de père. Non pas pour convenir d’un devoir moral, ou même d’une autorité supérieure, mais tout simplement parce qu’il les aimait. Il aimait ses gosses. Des gosses en bas-âges, bon sang ! De sept, quatre et un an. Il se devait d’être là « pour le meilleur et pour le pire ». Il l’avait signé comme un sacrement fait à la vie.
Il ne les aimait pas tous les quinze jours, uniquement les week-ends de garde, ou pendant les vacances, il les aimait constamment. Il allait faire de son mieux pour honorer ce dont il pensait, au départ, lui être dévolu au sein d’une famille. Il savait de toute façon, que pour eux quatre, l’essentiel était de se retrouver, d’être ensemble, peu importe l’imprimé d’une housse de couette, et que Didier change les couches du dernier, à même le sol, à défaut d’une table à longer. Peu lui importait. Le chalet ne lui manquait pas. Son confort non plus. L’ex non plus. Inutile de s’attarder dans la contrée des regrets, des pulsions, des rancœurs, d’un état au conditionnel devenu une pensée ravageuse « Si j’avais su ». Ce qui comptait c’était d’être avec ses enfants. D’ailleurs, il se reprenait à quelques reprises, il « n’avait » pas les enfants mais «était» avec ses enfants. Car Didier avait bien compris que, si une grande partie des comportements d’adulte découle de l’enfance, leurs vies ne lui appartenaient pas. Tout comme il avait banni de son vocabulaire des mots tels que « chef », « commander », « obéir », effacés par « adulte », « décider » et « écouter ». Un moyen comme un autre d’essayer d’adoucir le peu de temps accordé à leurs côtés. C’est souvent qu’il leur répétait « Nous faisons les choses ensemble ». Des choses simples. Des petits plaisirs partagés comme une baignade, une visite à la famille ou aux musées, une promenade en forêt ou un tour dans les parcs pour enfants de la région brestoise et à quelques reprises des manifestations contre le nucléaire ou les OGM. Il essayait aussi de privilégier les repas, autour d’une table ronde, récupérée chez un copain. La télévision éteinte, il espérait favoriser ce moment charnière dans une journée. Didier rejetait l’idée de rang prédéterminé en fonction du rôle du père et proposait une chaise tournante. Le moment était à la complicité. Manifestement Didier tentait de cimenter des liens d’affection, mal menés par les incertitudes.
En vérité, tout n’était pas idéal. L’abus d’autorité parentale est une plaie. En être dépourvue fragilise les règles de respect à autrui et donc à soi-même. D’ailleurs, il mit longtemps à comprendre qu’il s’était trompé sur la notion de respect. « La première personne pour qui vous devez avoir du respect, c’est votre mère. Elle vous a donné la vie ». C’était devenu inexact pour lui, trop télescopé, trop flagrant : ils devaient, avant tout, avoir du respect pour eux-mêmes. L’entente « enfants et parent seul » était parfois malmenée. Il y eût des points de tension. Des coups de cuillère en bois sur le bout des doigts. Des soupes recrachées par un capricieux, qu’il fallait ravaler entre les sanglots et qui, rajoutés à la grogne du père, momifiaient les deux autres enfants. Il savait que certains prônaient la « communication non violente » mais il est bien plus facile de soulager les frustrations d’un enfant, lorsque réunis, la cohésion et le confort du couple s’harmonisent pour ne faire plus qu’un. Malheureusement, garder une attitude permanente de bienveillance, en allant seul se confronter à l’exigence de trois autres personnes, en commandant une réponse différente à chaque fois, est improbable.

Alors comment faire ? Quel est la meilleure attitude à adopter pour maintenir une affiliation familiale et pour combler une insatisfaction affective qui nourrit la solitude ? Etant préoccupé depuis quelques années par la dégradation des espaces naturelles et les atteintes endémiques liées à la disparition de la biodiversité, du fait des activités chimiques de l’homme, Didier se trouva une cause juste à soutenir, un refuge face à un monde qui s’écroulait autour de lui : le sort réservé aux abeilles. Il n’y avait rien à envier non plus à cette espèce en voie de disparition. De là, à supposer que Didier, inconsciemment, s’apitoyait sur leur effondrement parce qu’il y trouverait le début du cheminement vers un état de résilience, serait se tromper sur la sincérité de son engagement. Il y a comme une résurgence à l’instinctivité. A chaque fois qu’une espèce vivante est menacée, traquée, rongée, empoisonnée, finie par disparaître, il y a urgence à faire appel à cette animalité qui sommeille dans les tripes, dans ce cerveau primaire, ce siège des émotions, et qui casque à chaque fois, à chaque coup porté, au fond, contre l’humanité elle-même. Il n’y a qu’une famille sur Terre, la Vie. Si on proclamait que chaque acte dévastateur commis par l’homme contre la Vie se retournait contre l’humanité, on appellera ça du suicide, un suicide collectif, inconscient certes, mais viscéral. A terme, ce n’est pas la Vie qui disparaitrait sur Terre mais bien l’espèce humaine. Et quand on y pense bien, le vivant, doté de millions d’années, peut se passer d’un Etre pensant, pesant de tout son poids mégalomaniaque sur sa propre raison d’exister. L’espèce humaine a, à plusieurs reprises, éradiqué de son histoire des civilisations entières ou de minuscules peuplades. Les menaces de radiations ont été même effleurées. Est-ce que la Nature s’en sortait indemne ? Surement pas, à voir la destruction de la Mégafaune. Mais l’exemple de l’explosion nucléaire de Tchernobyl montre une adaptation bien plus prégnante, bien plus persévérante, des autres espèces animales ou végétales lors de la transformation d’un milieu. Leur survie en dépend. Celle des humains est bien plus hypothétique, du fait de son expansionnisme boulimique. Didier, qui n’a pas de sympathie particulière, pour Michel Onfray, ni de haine d’ailleurs, lui accorde au moins ce crédit : comme d’autre civilisation, celle-ci finira par s’effondrer. Est-ce que l’humanité s’en remettra ? C’est bien moins évident comme le pense Yves Paccalet dans son pamphlet « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! ».
On peut aller aussi chercher dans son enfance, des repères quant à son lien avec la nature ou des évènements qui ont certainement frappé sa conscience, comme l’échouage de l’Amoco cadiz et la souillure de la plage de Santec, engendrée par l’épandage de milliers de tonnes de pétrole brut, mais cela ne viendrait pas non plus justifier sa démarche volontariste. Oui c’est ça. Il faut aller chercher dans son enfance et revivre l’insouciance des regards et des gestes. Il faut s’aventurer dans les premiers souvenirs de mer, ou tout du moins dans l’absence de mer qui libérait une aire de jeux et de victuailles quand celle-ci faisait sa marée basse. Et dans les derniers retranchements, à l’affluent d’un barrage de pierre que représentait Roc-Santec, se frotter à l’immensité d’un royaume océanique.
Les premières adhésions furent sans engagements réels. Malgré tout, sa curiosité naturelle le poussait davantage à comprendre le déclin de cette société antédiluvienne, si bien contée par Maeterling, si bien défendue par les apiculteurs de la Ffap (Fédération française des apiculteurs professionnels). Il se trouvait également à une période de sa vie où l’acte politique se délitait dans le désœuvrement. 15 ans de militantisme au sein de quelques partis, la frustration, les revers et les coups bas, avaient eu raison de ses convictions premières (Une de ses partenaires lui avait asséné à la figure : « Mais qui es-tu pour convaincre ? ». Ca avait agi sur lui comme un électrochoc). Pour autant l’envie de s’exprimer, et donc d’agir, était bien ancrée, indissociable dans sa façon de refuser la fatalité, tout comme il refusait de s’apitoyer sur son existence. Il laissa donc tomber la politique (enfin, en la consommant avec modération) pour s’orienter vers des actes plus directs, qui s’apparentent à de la désobéissance civile. Et quoi de mieux que le collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM pour entamer ce nouvel apprentissage de résistance contre le capitalisme destructeur des ressources naturelles et humaines. Sauf que, la façon dont il pensait l’action radicale, ne se contenterait pas d’une expression contestataire. Cela devrait prendre forme dans le burlesque et la dérision, voire la provocation. Il se mit alors à s’imaginer vêtu du costume de celles qu’il défendrait dorénavant.

Jusqu’à présent les exemples de déguisements d’abeille qu’il avait entrevus, ne satisfaisaient pas sa détermination. Peu importe le résultat final, la transformation devait être totale, de la tête au pied, il fallait devenir méconnaissable. Le travestissement n’était pas une nouveauté pour Didier. Déjà, plus jeune, son goût pour la transformation par le déguisement, égayait son passe-temps, donner de l’allure à sa fantaisie, plus que par nécessité de se cacher afin de ne pas apparaître tel qu’il était, même si l’explication de cette désinhibition frénétique pouvait plonger dans la carence de confiance, le besoin d’exister auprès des autres. D’être aimé finalement, voire peut-être même de se sentir courtisé. Il avait trouvé dans l’organisation de carnavals, l’occasion de s’exprimer pleinement dans l’amusement, prenant ainsi le relai des spectacles montés tout au long de sa scolarité au sein de l’école primaire « Pierre et Marie Curie » de Saint-Pol-de-Léon. Alors c’est presque naturellement, et parce qu’il avait emmagasiné de nombreux souvenirs joyeux, liés à l’excès d’exubérance, qu’il opta pour le déguisement d’abeille. Après avoir parcouru quelques sites sur internet, vu d’autres créations, les choses se mirent en place. Le temps consacré à la recherche des accessoires, permettait à une couturière de confectionner le « corps » de l’insecte. Tout avait été pensé. Les ailes devaient être souples mais suffisamment rigides pour ne pas céder à la moindre agitation, caractéristique première d’une bestiole. Le textile était en tissu bio, histoire de se prémunir des piqures des plus virulents adversaires. La cagoule, les lunettes jaunes et le maquillage sans parabène prenaient soin de remodeler le visage. Sa part de féminité s’exprimerait dans l’élégance d’un collant, convenant à sa morphologie masculine, suffisamment peu convenable dans l’opacité, pour ne pas le confondre avec une reine. Restait à trouver un nom à ce personnage. L’inventaire étymologique, qui couvre la désignation du mâle chez l’abeille, se contente de deux possibilités : le faux-bourdon ou l’abeillaud. Nul doute que d’assortir un personnage du nom de dédé le faux-bourdon ne collerait pas à une image dénuée d’agressivité, porteur d’un message de non violence. Didier devint donc « dédé l’Abeillaud » (rares sont ceux qui ont souligné que la majuscule était portée par l’Abeillaud. Une simple fantaisie du créateur ? Non. Plutôt le symbole de mettre l’accent sur ce qu’il y a de plus important). Voilà. Tout y était, tout se métamorphosait, loin, très loin, à son grand soulagement, du tragique destin de la vermine de Kafka. A un détail près tout de même. Un détail qui sera judicieusement préconisé par un illustrateur prolifique. Marcel de la Gare conseilla à dédé l’Abeillaud l’usage d’un objet qui aurait eu toute sa place au sein des gadgets des numéros de « Pif magazine » : le kazoo. Cet instrument buccal, animé par la seule vibration d’une fine membrane circulaire, due au souffle de la bouche, encalminée sur le haut de l’objet, imitait à merveille le bourdonnement de l’abeille, faisant le bonheur des enfants, rarement saisis par l’effroi. Les quelques exemplaires en plastique, expédiés de sa part par la Poste, suffirent à la complicité musicale de Didier et de ses enfants. Mais mis sur la piste, dédé ne voulait pas transiger avec la facilité. Il fit l’acquisition d’un modèle tout en métal, couleur de miel ! Cette métamorphose se révéla être un extraordinaire interlude existentiel face à l’inanité des consciences.