A toutes les victimes de la bêticide

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jeudi 30 avril 2015

Plougastel-Daoulas, town de plastique

Lettre adressée au Préfet du Finistère pour une reconnaissance de la commune de Plougastel-Daoulas comme site pollué.


"Un site pollué est un site qui, du fait d’anciens dépôts de déchets ou d’infiltrations de substances polluantes, présente une pollution susceptible de provoquer une nuisance ou un risque pérenne pour les personnes ou l’environnement " (Ministère de l’Environnement, 1996).




Après avoir été introduit, au début des années 60 sur la commune de Plougastel-Daoulas, le film plastique à usage agricole, dit de paillage, présente aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une pollution généralisée. C’est à des fins de productivité accrue de l’activité de maraîchage en pleine terre et d’amélioration des conditions de travail que son usage a explosé, couvrant jusqu’à 600 ha de terres agricoles rien que pour la culture de fraises1.

En l’état actuel des connaissances, c’est-à-dire, réduites au néant, il apparaît difficile de quantifier les volumes de film plastique accordés à l’exploitation de cultures de maraîchage sur la commune pendant plus de 40 ans. A défaut d’une filière de recyclage de déchets agricoles, organisée et réglementée, les résidus de bâches avaient comme destinée finale soit l’abandon sur site ou le brûlage partiel. Les nouvelles techniques culturales hors sol et sous serres (jardins suspendus), adoptées par les producteurs, ont donné un coup d’arrêt à son emploi en pleine terre et stoppé ces phénomènes directs de rejets et de brûlage dans le milieu naturel. Toutefois, il convient de s’attarder sur les conséquences et l’impact environnemental de cet héritage agro-industriel spécifique à la commune de Plougastel-Daoulas.

Selon nos premières observations, le phénomène de délitement de la matière plastique se caractérise par un éparpillement généralisé à l’ensemble du territoire de la commune (voir annexes). Ce phénomène de désagrégation s’explique à la fois par des raisons purement météorologiques (UV, hygrométrie) ou par une altération mécanique (matériel de travaux agricoles). Le plastique devenant volatil il rejoint potentiellement le milieu maritime, avec la complicité des cours d’eau. Il participe ainsi à la pollution en mer et de facto peut se retrouver dans la chaîne alimentaire. il est en effet probable que l’impact des rejets de plastique sur le front de mer a des incidences sur les zones conchylicoles et sur l’activité de loisir de la pêche à pied, par une contamination du règne animal maritime, qui reste néanmoins non évaluée, notamment sur la place des pesticides et la dégradation du polyéthylène, composé pétrochimique du plastique agricole.

Lorsque les déchets plastiques sont restés compacts ils viennent s’immiscer dans le cycle naturel évolutif de l’écosystème local (système racinaire, essor végétatif). Ils se banalisent dans les aspects paysagers de la commune (fonds d’estuaire, chemins pédestres, talus ou murets, arbres,…). Dès lors, notre première réaction a été de nous retourner vers des interlocuteurs capables d’apporter des éléments de réponse, en l’occurrence l’Ademe, la Chambre d’agriculture du Finistère et les industriels, sur les aspects de gestion du passé des déchets agricoles et sur la réflexion de l’extraction et de recyclage de la matière collectée. Autant dire d’emblée que notre démarche a buté sur le silence des derniers cités, et l’absence d’un plan de gestion pour les autres. Si aujourd’hui les professionnels du monde agricole ont répondu à leurs obligations de recyclage des bâches via le dispositif Adivalor, la question du passif ne rentre pas dans leur champs d’intervention considérant à fortiori que :
- toute question de financement pour mener à bien des opérations de collecte doit faire l’objet d’une ponction sur des fonds publics,
- la souillure avant la récupération en aval doit être prise en compte, nécessitant un processus de lavage adapté, condition sine qua non de réutilisation de la matière,
- l’état avancé de délitement des déchets complique cette collecte, d’autant qu’elle ne pourra pas être valorisée par une transformation ultérieure2.
A contrario, l’Ademe, elle, considère que ce sont ces mêmes professionnels qui devraient s’attacher à régler l’historique et que l’agence ne peut pas intervenir, faute de décisions des représentants de l’Etat.

Nous définissant comme association de protection de l’environnement nous considérons que ces attitudes ne sont pas adaptées à la problématique soulevée, et qu’au regard de la calamité écologique que représente cette invasion polluante, il convient de prendre des mesures à la hauteur des enjeux de respect de l’environnement. D’ailleurs la méthodologie avancée dans le cadre de la gestion du passé, définie au sein des grands principes des démarches de gestion (extraits des textes du 11 avril 2011, mis à jour en mai 2014) reconnaît que « la maîtrise des sources de pollution est fondamentale car elle participe à la démarche globale d’amélioration continue des milieux » que « lorsque une pollution est identifiée la priorité consiste à extraire les pollutions » qu’un plan de gestion intégrant les obligations de « nettoyage des milieux pollués » doit être mis en place pour « traiter les sources et dépolluer les milieux ». Au préalable une « évaluation quantitative des risques sanitaires doit être réalisée pour valider l’adéquation de nettoyage au regard des usages constatés ».

Nous vous demandons donc, Monsieur le Préfet, de prendre les mesures de diagnostic adéquat, en lien avec les services concernés, pour classer la commune de Plougastel-Daoulas comme site pollué. Seule cette reconnaissance en site sensible permettra d’enclencher la mise en place d’actions de dépollution et donner accès à des financements publics (à ne pas écarter non plus de nos réflexions la notion de « pollueur-payeur », à condition de bien identifier la responsabilité initiale).

Nous restons à votre entière disposition pour une rencontre avec les services attachés à votre tutelle. Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes salutations bretonnes.

Par délégation
David DERRIEN

06 71 88 76 14
aquoicaserre@gmail.com

Copie à : mairie, AE2D, Eau et rivières de Bretagne

1- Dans une moindre proportion il convient de rajouter la culture d’échalotes, également consommatrice de bâches agricoles. 

2- Le recul de l’activité agricole a généré un développement des friches. Ajoutée à l’aspect bocager du territoire et à un parcellaire émietté, dans beaucoup de cas de figure, l’intervention mécanique paraîtrait exclus du fait d’une inaccessibilité aux sites de pollution. 

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