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mardi 22 novembre 2022

L'impérative urgence d'un mandat impératif pour les maires

Qu'est ce qui associe le maire de Brest, François Cuillandre (PS), celui de Plougastel-Daoulas, Dominique Cap (divers droite) et leur homologue carhaisien, Christian Troadec (régionaliste) ? Ces trois hommes sont élus au poste de premier magistrat depuis 2001. A l'expiration du mandat en cours ils auront occupé le siège de maire pendant plus de 25 ans, pendant plus de 25 ans ! Au fil de ce quart de siècle, ils ont saisi l'opportunité de tisser une toile d'influences, de satisfaire leur réseau, de s'autocongratuler de leurs performances économiques ou culturelles auprès de leur auditoire et de consolider leurs indemnités inflationnistes. "Cette ville, je l'ai changée !" Avançait Dominique Cap en 2020, effectivement, on ne compte plus les infrastructures surdimensionnées, énergivores et couteûses pour une commune de 13500 habitants. Pour annihiler ces excès de pouvoir et leur dérive il existe pourtant une pratique démocratique simple et directe, appelée le mandat impératif. 

D. Cap

F. Cuillandre
C. Troadec









Voici des extraits de la définition du mandat impératif que publie le site "Le démocrate" : 

" Le principe du mandatement est de partir des besoins définis par un organisme ou un groupe qui délègue à un ou des individus le soin d'accomplir une action définie dans la durée et dans la tâche."

"En politique, le mandat impératif désigne un mode de représentation dans lequel les élus ont l'obligation de respecter les directives de leurs électeurs sur la base desquelles ils ont été désignés, sous peine de révocation."

"Une action définie dans la durée et dans la tâche" qui, comprenons le bien, ne caractérise pas l'engagement politique mené par ces maires bretons. Ils pourraient objecter que leurs actions sont basées sur un programme établi lors de campagnes électorales puis connu et accepté par les électeurs puisqu'ils ont été élus à la tête de leur municipalité respective. C'est possible. Sauf que leur programme est orienté voire partisan et ne prend en compte que l'aspiration de leurs électeurs potentiels. 

De plus, avec une durée de représentation de 6 ans, qui plus est renouvelable, il est à prévoir que la population locale n'ait plus le contrôle sur de nouvelles constructions, acquisitions ou attributions apparaissant hors programmation électorale tout au long des mandatures, surtout quand il s'agit d'appréhender les bilans financiers; est-ce que les Plougastels comprennent l'augmentation de 25 % des indemnités du maire et de ses adjoints, adoptée lors du conseil municipal d'octobre dernier, alors que de plus en plus de ménages contractent leurs dépenses ? Est-ce que dépasser un investissement prévisionnel de 10, 20 ou 30 % pour un projet d'ampleur engageant plusieurs millions d'euro ne doit pas être soumis à la concertation populaire et obtenir une approbation des contribuables ? Et dans le cas d'une attitude autoritaire, frapper d'ostracisme un maire sectaire n'est-elle pas la meilleure attitude à adopter pour mettre fin à ses agissements ? Contrairement à ce que voudrait Dominique Cap, la démocratie ce n'est pas tous les 6 ans mais bien un acte quotidien concerté.

Dans tous les cas il faudrait davantage faire confiance à la souveraineté populaire que dans la possibilité administrative offerte au Préfet de reconnaître la carence du maire pour des faits maintes fois condamnables quand les règles environnementale et d'urbanisme sont souvent bafouées, quand l'excès d'autorité se manifeste promptement dans les rangs des majorités installées comme à Plougastel alors qu'il leur est spécifié une relation normale de leur administration avec le public. Faut-il rappeler que dans une démocratie c'est le peuple qui décide et pas leurs représentants ? Il y aurait bien d'autres points à rappeler pour condamner l'inopportunité d'un rapt du pouvoir. Et sans s'adonner à une chasse aux sorciers, des signes et des démonstrations de dérapages autoritaires sont également à noter chez Mrs Troadec et Cuillandre.

Si la longévité des mandats et leur renouvellement posent question, la représentativité de ces maires au sein des instances communautaires a profondément corrompu leurs méthodes de gouvernance surtout s'ils s'attribuent les postes de présidence ou de vice-présidence, et si autrefois on parlait de baronnies, aujourd'hui on s'en approche de nouveau quand de façon ostentatoire l'abus d'autorité est consubstantiel au goût du pouvoir sans partage dont veulent jouir ces trois récidivistes.



jeudi 3 novembre 2022

Quand la protection d'espèces protégées devient une exception, c'est la démocratie qui est bafouée

Dans sa question écrite, publiée au Journal officiel le 23 avril 2020, le sénateur Guillaume Gontard voulait attirer l'attention de la Ministre de la Transition écologique sur le "caractère abusif de nombreuses dérogations à l'interdiction de destruction d'espèces protégées." 

L'escargot de Quimper dans la zone
de la future ZAC TAM III à Plougastel.
Une seule condition : le droit à vivre

Avant de partager l'entièreté de l'interpellation, à laquelle nous ne pouvons que souscrire, deux constats s'imposent. Le première est qu'à force de déroger au code de l'environnement les élus locaux s'en accommodent et continuent à faire preuve de satiétés quand il s'agit de rayer de la carte des zones naturelles et agricoles. Certains, comme les élus communautaires de Brest Métropole, affichent même une certaine légitimité arrogante au nom de l'expansion économique et du développement de leur collectivité. Ils voient même les autres espèces comme une nuisance, un frein à leur besoin d'aménager des espaces voués à l'artificialisation. La duplicité des Préfets font de leur protection une coquille vide et quand les ministres prennent le relai en ne se prononçant pas*, c'est à travers ce deuxième constat qu'ils viennent tous bafouer la démocratie alors qu'ils devraient en être les garants. Cette règle législative désavouée devient une exception, un droit à détruire. En cas de recours, le Tribunal Administratif devra se prononcer à la fois sur l'aspect légitime de la dérogation comme sur son angle réglementaire. Si la dérogation reste un acte légal, elle devient illégitime au regard de la première intention qui est justifiée par la perte en biodiversité et défendable car inscrite dans le code de l'environnement.

"Le code de l'environnement a érigé en principe l'interdiction de destruction des espèces protégées, tout en prévoyant la possibilité de déroger à cette interdiction dès lors que trois conditions cumulatives sont réunies.

En premier lieu, qu'il n'existe pas de solution alternative satisfaisante. Ensuite, que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle. Enfin, que le projet réponde à une raison impérative d'intérêt public majeur.

Tandis que de nombreux projets d'aménagements et d'infrastructures s'accompagnent de demandes d'autorisations de destruction d'espèces protégées, on observe que la majeure partie des autorisations préfectorales de dérogation sont in fine suspendues ou annulées par la justice, et l'absence de raisons impératives d'intérêt public majeur en est très souvent la cause.

Plusieurs risques apparaissent avec cette dérogation, mettant en péril les écosystèmes et les espaces naturels protégés. D'abord, le nombre grandissant d'annulations ou de suspensions, par les trois niveaux de juridictions administratives, mène à constater que la dérogation n'est plus l'exception mais la règle de droit. Son application quasi-systématique par les préfectures, alors même que le conseil national de protection de la nature rend des avis défavorables, pose la question de l'impartialité et d'un système légal de protection de la biodiversité effectif.

Ensuite, l'absence de ligne jurisprudentielle claire et précise et de définition des « raisons impératives d'intérêt public majeur », dans les textes français ou communautaires, entraînent une application aléatoire de la règle de dérogation ainsi que des décisions contradictoires rendues par les juges, qui examinent au cas par cas sans veiller à une continuité jurisprudentielle.

Le risque encouru, à ce jour, serait un allégement de la législation en vigueur, au nom de la sécurité juridique et de la liberté d'entreprendre, au risque de fragiliser les dispositifs de protection des espèces protégées, et de couvrir juridiquement des dérogations qui entraineraient des conséquences graves sur la préservation de la biodiversité. De plus, la crise sanitaire actuelle risque de provoquer une hausse de l'octroi des dérogations aux espèces protégées, afin de privilégier les projets d'aménagements et d'infrastructures qui stimuleraient la relance économique.

Il lui demande donc de bien vouloir donner des instructions strictes aux préfets pour qu'ils cessent d'accorder de façon injustifiée, voire irrégulière, des dérogations à l'interdiction de destruction des espèces protégées ; il lui demande également de clarifier les conditions d'octroi de telles dérogations.

Transmise au Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires

La question est caduque."

* La question posée est restée sans réponses

mardi 25 octobre 2022

Le bouquet de fleurs

 


Une femme a posé un bouquet de fleurs mellifères. Peut-être a-t-elle attendu, un peu, assez longuement sûrement pour s'asseoir. Au bout d'un moment, le Mervent lointain du Menez Hom vient lui caresser les souvenirs de celle qu'elle soupire; ce serait tellement agréable si elle n'avait pas à attendre. Attendre suffisamment longtemps pourtant pour sentir les premiers frissons insidieux, à quoi s'ajoutera le froid des larmes. L'inquiétude gonflant dans les premières lueurs de la nuit, elle tremble maintenant. A tel point que les mains se crispent sur le bouquet, un bien beau bouquet de fleurs mornes de parterre ou d'entre les pierres salies des murets. Se serait elle heurtée à l'aubépine noire et la ronce tapis dans son ombre ? Un premier cri fauche le crépuscule des talus vite étouffé par une seconde plainte qui se perd dans les plaines. En vain, si ce n'est le brouhaha des branches qui chuchotent entre-elles. Abattue, elle s'est levée dans le vent et a posé le bouquet de fleurs, puis s'est avancée dans le bosquet au rythme du wig a wag. Seul, jamais envié, le bouquet agonisant a fini par sécher sur la chaise à exhiber son charme désossé. 

vendredi 14 octobre 2022

KERVENAL, MON AMOUR !

KERVENAL MON AMOUR ! VA C'HARANTEZ ! 🥰

travaux d'élargissement du chemin de kervenal, Plougastel-Daoulas

Après avoir adressé un premier recours gracieux à la préfecture, voici celui accusé et réceptionné par Brest Métropole le 11 octobre 2022.

Monsieur le Président,
📌 Compte tenu des dispositions prises d’interdictions édictées par l’article L.411-1 du code l’environnement,
📌 Compte tenu de l’arrêté du 23 avril 2007 fixant les listes des mollusques protégées sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection, notamment pour l’escargot de Quimper,
📌 Compte tenu de l’arrêté préfectoral n° 2018015-0002 du 15 janvier 2018 accordant une dérogation pour destruction d’espèces protégées au bénéficiaire « Brest Métropole », qui fixait la durée d’exécution au 30 juin 2019, devenant de fait une décision caduque en l’absence de la réalisation des travaux d’élargissement du chemin de kervenal,
📌 Compte tenu du rapport de « Biotope » établi en mai-juin 2017 dans le cadre de la séquence ERC et l’impact des travaux sur les espèces protégées, notamment l’escargot de Quimper, de leur recommandation à cadrer le chantier entre les mois de septembre et février,
📌 Compte tenu de l’intérêt hydrique des zones humides reconnues comme zone tampon et de refuges, surtout durant les périodes caniculaires estivales qui se répéteront,

📍 Considérant que tous les paramètres d’évitement de destruction de l’escargot de Quimper ne sont plus réunis pour protéger le mollusque et selon la méthodologie formulée par « Biotope »,
📍 Considérant la nécessité de préservation de la zone humide de 875 m2 citée dans le rapport de « Biotope »,

Nous vous demandons par recours gracieux, afin d’être en conformité avec l’arrêté préfectoral du 15 janvier 2018,
↪️De présenter un nouveau calendrier de travaux selon la périodicité stipulée par « Biotope » puisque le mois d’octobre est déjà bien entamé,
↪️De demander une nouvelle dérogation pour espèce protégée auprès des services de la Préfecture du Finistère du fait de la caducité de celui de 2018,
↪️ Enfin d’éviter la destruction de la zone humide située dans le périmètre du chemin de Kerneval. En connaissance de quoi, si l’association « A quoi ça serre » observait un commencement des travaux suite à la réception de ce recours, vous nous obligeriez à saisir le Tribunal pour manquement aux règles que vous avez vous-même établies.

Kervenal, les chemins de la discorde




jeudi 29 septembre 2022

Bio à la cantine : les locaux AB court-circuités par la mairie de Plougastel

Arrivé à son terme au bout de 5 ans, la mairie de Plougastel-Daoulas lançait en octobre 2021 un nouvel appel d'offres émanant de la cuisine centrale des écoles communales. Il s'agissait aux fournisseurs de candidater sur un lot intitulé "légumes bio en circuits courts" couvrant 1000 repas par jour. Mais avant d'expliquer comment la municipalité a shunté les maraîchers AB de la commune pour cet appel d'offres, quelques dispositions réglementaires demandent à être éclaircies.

Le bio à la cantine c'est pour quand ? Mais surtout avec qui
Depuis 2019, du 21 décembre et jusqu'au 30 avril, les étals bio sont exempts de fruits et légumes d'été. La mesure, votée par Le Comité national d'agriculture biologique (Cnab) avait pour double objectif d'orienter les consommateurs vers des achats de légumes et de fruits de saison et surtout de mieux encadrer le recours aux serres chauffées. Logiquement, il n'est plus possible de trouver dans le commerce des tomates ou autre concombre bio produits en France pendant cette période. Logiquement, car paradoxalement, l'interdiction ne concerne pas les fruits et légumes produits ailleurs en Europe. Ils peuvent être donc importés en France avec un coût carbone élevé (chauffage des serres, transports et stockages frigorifiques).

L'autre disposition à retenir est la notion de "circuits courts". Contrairement à ce que ce terme sous entend, l'aspect géographique n'entre pas en compte dans ce type de circuit. Le producteur et le consommateur peuvent être en effet éloignés l'un de l'autre. La condition du circuit court donne la possibilité de faire néanmoins intervenir un intermédiaire, qui s'apparente le plus souvent à un grossiste ou un distributeur.  Dans le Finistère l'un des grossistes les plus en vue s'appelle "Le Saint" et après avoir diversifié en 20 ans sa gamme de denrées brutes (légumes, poissons puis viandes et produits frais ainsi qu'une gamme en bio), l'entreprise familiale finit par rayonner au-delà des étals et devient un mécène incontournable dans le sport, notamment au sein du stade brestois de football. Automatiquement leur influence se décuple auprès des décideurs et notamment des élus de Brest Métropole, instance où siège le maire de Plougastel, Dominique Cap.

A Plougastel justement, puisque le précédent fournisseur rompt le contrat qui le liait à la mairie, le service des Marchés publics sollicite les acteurs de la filière bio afin de répondre à l'appel d'offres du lot 18 susnommé d'un montant de 10000 euro HT par an. Pour les maraîchers AB la relation avec la municipalité est assurée par la Maison de l'Agriculture Biologique (MAB) de Daoulas. Un collectif de producteurs se forme alors, constitué d'une petite dizaine d'agriculteurs.  Après leur formation supervisée par le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB 29) sur l'approvisionnement dans la restauration collective, le contrat présenté par les maraîchers est approuvé par la MAB. Elle leur a suggéré d'ailleurs de conserver les prix pratiqués par le prédécesseur. 

Les critères, établis par la mairie, afin de valider l'offre pour le marché des denrées alimentaires, sont confirmés par des notes et tiennent compte : du prix, des délais de livraison, d'un certain nombre de points sur la qualité et de garantie de fraicheur. A côté du groupement des producteurs locaux, la société Le Saint se positionne sur le marché. Après une analyse des deux offres par la mairie, le groupement apprend fin mars 2022 que la leur n'a pas été retenue. C'est la douche froide chez les agriculteurs locaux. Après avoir demandé des explications écrites, ils reçoivent le 04 avril 2022 un courrier signé par l'adjoint en charge des finances, Bernard Nicolas, qui détaille les raisons pour lesquelles ils ont rejeté leur offre. A la lecture des motifs on s'aperçoit que le premier critère qui leur a été défavorable est celui du prix, alors que ce critère n'est pas éliminatoire. Comme le souligne l'adjoint : "la formule retenue est celle qui est recommandée par la Direction des affaires juridiques". Comment peuvent-ils d'ailleurs écarter leur offre de prix alors qu'ils sont identiques à ceux du maraicher précédent ?  Pire, ils sont disqualifiés sur les délais de livraison. Comment Le Saint peut-il être mieux indiqué alors que leurs entrepôts sont implantés à 20' de la cuisine centrale et que les producteurs se situent aux environs des 5-10' du point de dépôt ? Bernard Nicolas conclut sa lettre en précisant que "La commission d'appel d'offres a donc attribué ce lot au candidat présentant l'offre la plus avantageuse." Les maraîchers apprendront surtout que la mairie ne pouvait pas être déloyale envers l'entreprise Le Saint.

Le marché est donc confié au grossiste qui, selon la définition du circuit-court, représente l'intermédiaire. Sauf que, n'étant pas contraint par un critère géographique, Le Saint  approvisionnerait la cuisine centrale en fruits et légumes hors de France et hors saison, afin de tenter d'être conforme à l'objectif des 20 % de bio à la cantine (en parcourant les menus, on devine que les légumes parviennent congelés). A ce stade, même bio, le coût carbone des produits s'envole au point qu'une augmentation du ticket-cantine est arrêtée à cause des tarifs de transport que répercute dorénavant Le Saint. Dans cette décision inique il n'y a aucune disposition prise pour s'engager vers l'achat de denrées au maximum décarbonées. La seule garantie pour y parvenir reste les productions de proximité. En fin de compte, en sus d'un mépris des élus pour les acteurs locaux,  la municipalité de Plougastel se trouve vraiment à rebours d'engagements de sobriété économique. 


mercredi 31 août 2022

La difficulté de l'émancipation - acte II

Après l'émancipation liée aux personnes (lire "La difficulté de l'émancipation": https://ddlabeillaud.blogspot.com/2022/08/la-difficulte-de-lemancipation.html), d'autres phénomènes revêtent un caractère similaire, d'ordres social, sociétal ou politique.

Sans surprise la première étape de l'émancipation sociale réside dans la didactique et la somme des connaissances dans leur diversité la plus éclectique dont l'enfant devrait bénéficier. A un stade précoce, cet apprentissage des savoirs technique, artistique, domestique, sportif... n'a rien à définir pour la suite mais bien plus à éveiller le sens critique, à offrir à l'enfant une âme qui s'épanouira dans l'affinité à se porter vers tel ou tel domaine puis à explorer encore davantage sa propre fascination de l'existence. L'émancipation se réalise également par rapport à autrui. Il faut accepter d'effacer les signes avant-coureurs de la désignation, de l'enfermement catégoriel; au lieu de favoriser la concurrence et la hiérarchisation, lancer déjà les bases de la coopération et de la mutualisation. A défaut, l'émancipation prend des formes de luttes sociales, involontairement supportées par les catégories les plus laborieuses, que Boaventura de Sousa Santos présente ainsi : "l'émancipation est un ensemble de luttes procédurières sans but défini." A part sûrement d'exploiter le plus grand nombre pour la richesse de quelques-uns.  Quand le nouveau ministre de l'éducation Pap Ndiaye annonce que "L'école est injuste avec les pauvres" on voit que le chemin de l'émancipation reste comparable à un parcours de combattant pour nombre d'enfants.

Dans d'autres circonstances, très souvent liées à des situations conflictuelles, l'émancipation, ou autrement nommée la Liberté par des Français dévoués à leur sacerdoce républicain, à l'Autorité gouvernementale prend des allures de contestations asymétriques tant l'objet de la rupture semble confus à trop vouloir assembler ce qui ne peut l'être. La pandémie de la Covid-19 est très révélatrice de l'insupportable sentiment de confiscation de liberté ressenti par une part dispersée de personnes allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite et regroupant des complotistes de toute nature. Plus qu'une vaccination indésirable, c'est l'instauration du "Pass sanitaire" qui a agité les foules bigarrées. Et à bien observer les évènements, il est rare que des manifestations, dans leur cortège même, aient rassemblé des personnes politiquement opposées, pour ne pas dire antagonistes, au point de rendre contagieuse la haine ressentie des uns contre les autres. Certes, on doit refuser que l'espace public ou les lieux de convivialité deviennent des points de contrôles en obligeant des acteurs économiques à se substituer au représentant des forces de l'ordre. Néanmoins la liberté si chèrement choyée des "anti-vax" ne peut pas supplantée l'inaliénable contrainte à préserver la santé d'autrui et même de l'inconnu (dénoncer l'accumulation des profits par les laboratoires est un autre débat). Ce cri de liberté individuelle peut devenir une menace mortelle pour des personnes fragilisées par la vie, à trop vouloir s'éloigner de l'objet de la rupture. Autrement, ne devient-on pas un ennemi de la liberté en voulant imposer la sienne ? C'est de notre responsabilité collective de protéger les plus exposés.

Il y a pourtant dans l'idée d'émancipation des orientations plus nobles et plus existentialistes comme celle dédiée à l'émancipation des peuples, à commencer par celle du Peuple breton. Sans s'égarer dans une analyse historique, l'Emsav (Mouvement breton) démarre bon en mal an dans son aspect politique vers 1910.  L'idée d'émancipation taraude déjà l'ensemble des courants existants qu'ils soient Fédéraliste ou Nationaliste, sans que cela émeuve davantage les Bretons, ignorants surement l'agitation intellectuelle qui gagne quelques étudiants urbains ou celle des notables plus enclin à maintenir des privilèges de classe que soutient de surcroît le clergé. Bien après la seconde guerre mondiale, les revendications des militants politiques s'orientent plus vers un entre deux, en s'accaparant le principe d'autodétermination pour les mouvements de gauche, certes louable mais laissant le champ libre à l'extrême-droite qui si elle s'empare sans retenus du discours émancipateur c'est pour mieux justifier sa position intenable contre l'immigration dont elle rend responsable la France. Passer de l'autodétermination à l'autonomie chez des militants politiques dans les 50 années clôturant le 20ème siècle est un signe de féodalité qui les jettent dans les bras de la République française. Pire en ce qui concerne l'Emsav qui comme le relève très justement Yann Ollivier (juriste) "S'est laissé récupérer par le Parti Socialiste". Pour lui, la principale victime de ce clientélisme est l'émancipation. Rien que ça. Malgré tout, l'émancipation reste un sujet d'actualité qui traverse l'échiquier politique breton. Quant à l'autodétermination, elle s'exprime toujours dans les mouvements indépendantistes d'extrême-gauche qui ne se sont jamais séparés de cet objectif. Elle se manifeste notamment dans l'organisation d'un référendum pour consulter les Bretons et leur demander si l'indépendance est une option d'avenir pour la Bretagne, dont la première étape passe par la Réunification. 

La conclusion revient au philosophe Jacques Rancière qui définit la politique comme une "Organisation et exercice du Pouvoir qui prend le pas sur son autre versant, c'est-à-dire le principe d'émancipation pour parvenir à l'égalité", que Yann Ollivier reprend en expliquant simplement que "La politique française nous prive (nous, Bretons) de la politique entendue comme la capacité d'affronter les véritables problèmes qui se posent à la société."


vendredi 26 août 2022

"A quoi ça serre" 10 ans d'une lutte esseulée avec des résultats

📅D'abord constituée en collectif fin 2012, la poignée des premiers volontaires s'est orientée en 2 ans vers un statut associatif en ciblant ses missions sur la protection de l'environnement. Avec une omniprésence des serres de production hors-sol à Plougastel-Daoulas, le nom de l'association "A quoi ça serre" s'est naturellement imposé. Le constat de départ étant suffisamment alarmant, les premiers adhérents se focalisent sur les dérives environnementales liées à des comportements délictueux des serristes, prenant différentes formes visibles ou pas, facilités en cela par l'indifférence totale et coupable des élu.es dans leur expression la plus représentative, y compris chez les Verts locaux 💩.

📣L'objet de l'association permettait dans un premier temps de localiser les situations les plus vulnérables, de faire un état des lieux, de commencer à identifier et répertorier les différents types d'infractions. Sans faire un inventaire complet, les phénomènes les plus visibles se matérialisaient par la combustion massive de déchets plastiques en plein air et de bois traités pour les chaudières, de dépôts de déchets verts industriels en tout genre, allant jusqu'à l'entrepôt de mâchefers. Concrètement et se limitant aux interventions en lien avec les serres, A quoi ça serre  c'est :

👉 une quinzaine de plaintes contre des serristes avec une condamnation et plusieurs mises en demeure 👍👋,

👉👉 plusieurs menaces physiques, des propos calomnieux et insultants (y compris d'habitants insignifiants) 💥,

👉👉👉 une absence de soutien des élus quel que soit l'échelon, d'implication d'associations environnementales ou même d'acteurs de la filière biologique souvent complaisants avec les pollueurs, de militants préférant préserver les zones humides de Notre-Dame et sécher celles de Plougastel, une indifférence des habitants dans leur très grande majorité qui ont parfois même manifesté leur hostilité. Seul le soutien d'une quinzaine d'adhérents a permis à quelques membres actifs de continuer avec détermination leur mission dans une abnégation désintéressée 👭👬 👋. A souligner tout de même une écoute constructive de la part de la DDTM 29 depuis 5 ans,

👉👉👉👉 un relai médiatique local inexistant à la TV, à la radio 📺📻 et peu d'empressements des rédactions de la PQR (Presse quotidienne régionale) à relayer les constatations d'"A quoi ça serre" concernant les adhérents de la coopérative Saveol 😠.

💪Après 10 ans d'une lutte acharnée, méthodique et esseulée, plus que des résultats qui se concrétisent, et même si l'association n'a pas pu intervenir dans certaine situation lamentable comme le remblaiement du bocage, c'est un changement d'attitude des acteurs de la filière et de comportements de certains serristes que nous sentons évoluer dans le bon sens grâce à notre engagement. Les derniers "Arrêtés départementaux de mise en demeure" confirment cette tendance à mieux contrôler les serristes dans leurs insupportables atteintes à l'environnement et de briser leur sentiment d'impunités. 

Toutefois, des plaintes sont encore instruites et l'implantation de plus de 200 ha de serres et de tunnels peut sans cesse occasionner des désagréments. La vigilance reste donc de mise surtout que de nouveaux phénomènes apparaissent comme la surpopulation du bourdon terrestre🐝.

Les premiers engagements du collectif en 2013