A toutes les victimes de la bêticide

A toutes les victimes de la bêticide

samedi 19 avril 2014

Comment les serristes nous enfument

Jean Tanné et sa famille s'installent à Plougastel-Daoulas en 1982, au Quillioù, petit hameau d'une dizaine de maisons, entouré d'un écrin de verdure, digne d'un roman de Zola. La vie du hameau est rythmée par le va-et-vient de chacun qui vaque à ses occupations ordinaires. L'étroitesse de la rue ne se prête guère au passage effréné du trafic, tout au plus des cyclistes égarés ou quelques tracteurs Massey-Fergusson des années 60, dont la longévité a fait la réputation de la marque. 
Les travaux de rénovation de la ferme et de ses dépendances accaparent les temps de repos des nouveaux propriétaires. Dans ce renouveau Jean y a laissé de la sueur et des économies. Au début, la vie s'organise dans la précarité, entre les tranches de travaux; il faut faire avec un pignon absent que l'on remonte sur son temps libre, et par où s'engouffre le vent dominant du sud-ouest qui se fiche lui du confort des habitants. Dans le même laps de temps le paysage aux alentours se transforme également, les hectares de serres avalent les prairies, utiles pour produire en masse des tomates et des fraises hors-sol. La vue aérienne est saisissante : le Quillioù finit pas être encerclé par un bataillon de serres, avec cette forme bien caractéristique des légions romaines.
L'agitation des lieux prend une nouvelle allure avec le passage des camions pour enlever les fameux sésames de Plougastel. Pendant 15 à 20 ans le développement de cette économie agro-industrielle marque de son empreinte la presqu'île de la commune, elle assure ainsi une prospérité bénéfique à tous. Elle enrichit avant tout les producteurs et leur coopérative, toujours plus envahissante. Jean pendant de longues années ne souffre pas du voisinage immédiat de ces serres implantées le long du talus. Jusqu'à ce début de l'année 2007. Jean-Claude Le Gall, propriétaire des serres adjacentes au terrain des Tanné et président à l'époque de Saveol, décide d'installer une chaudière à bois, certainement encouragé en cela par des subventions mobilisables pour ce type d'investissement. On aurait pu applaudir ce passage à utiliser une combustion plus noble, basée sur l'approvisionnement local, d'origine industrielle et moins polluante que le gaz, sauf que cette nouvelle méthode de chauffage occasionne de véritables nuisances pour les riverains.
Très vite l'atmosphère devient asphyxiante par les fumées rejetées de la cheminée, elles happent d'un sournois manteau blanc ou gris, ou gris sombre, les jardins dominés par ce maudit vent du sud-est. Jean suffoque. L'air est vicié et lourd, à tel point qu'il doit abandonner régulièrement le jardinage et se calfeutrer dans sa maison. Il se replie sous les toits pour éviter les maux de tête et les vertiges qui les accompagnent. L'apaisement est de courte durée car la chaudière, sous l'effet du crépitement des plaquettes de palettes toxiques, fait entendre son bourdonnement mécanique. Les décibels crachent même la nuit, enveloppant le champ laissé libre par les fumées. Inutile alors de penser au repos des corps et des esprits. La fatigue devient un compagnon, irritant certainement les pensées, déjouant la sérénité du foyer.
Ça ne peut pas durer... Jean entend bien raisonner son voisin industriel et lui demander des explications. Dans un premier temps Jean-Claude Le Gall semble prêter une oreille attentive aux doléances des riverains, car pour lors, la famille Tanné a été rejointe par les autres habitants du Quillioù. Il leur confesse que le bois stocké en plein air est partiellement insalubre, dégageant quand il le brûle des odeurs d'acétone, de trichloréthylène, mais dès que c'est possible le serriste se pliera aux normes en vigueur, promis et juré comme annoncé dans la presse.
le bois stocké à l'extérieur fermente sous l'assaut de la pluie
6 mois plus tard, les promesses ne sont toujours pas tenues. Jean, dans son corps défendant, continue à souffrir de l'intrusion des odeurs et des bruits. Les camions défilent dorénavant plus régulièrement, leur identification semble aléatoire et l'absence de sigle distinctif fait peser le doute sur leur contenant. Dans l'intervalle un agent de la DDASS intervient et constate dans le dépôt de bois broyé la présence de bois peints, traités, agglomérés. AE2D, association environnementale de la région brestoise, épaule les villageois. Le maire de l'époque qui est le même en 2014, Dominique Cap, veut se draper dans un rôle de médiateur. Le costume semble inhabituel pour lui, car il s'étouffe et se fourre dans le silence pour mieux approuver le comportement de Mr le Président de Saveol, principal pourvoyeur de main d’œuvre, et de taxes pour la commune. La visite inopinée d'un inspecteur de la DRIRE, relève que les analyses de gaz à combustion sont mauvaises, sans toutefois fournir plus de détails.
En 2008 Jean-Claude Le Gall est régulièrement averti des nuisances sonores et des fumées nauséabondes provenant de la chaudière. L'exploitant reste sourd aux accusations. Jean Tanné en profite pour faire un malaise et se rendre aux urgences. L'intoxication au monoxyde de carbone est une piste solide mais, faute de preuves, se dispersera dans le vent maudit du sud-est.
Sous la pression des médias locaux, Dominique Cap, le maire, finit pas faire intervenir le policier municipal. L'agent se place en faction dans la rue. Après 1/2 heure sur les lieux, il signifie qu'il n'a rien relevé d'anormales. Sans remettre en cause la probité du policier, on est en droit de s'interroger sur la mission de l'agent : n'aurait-il pas été plus efficace de rester toute la journée ?
En Février 2009 l’article du Ouest France met en lumière que, 2 ans après sa mise en service, la chaudière à bois de Mr Le Gall engendre toujours autant de désagréments. Le propriétaire se défend en affirmant que tous les contrôles sont « réguliers et impromptus. Tous les résultats sont conformes à la législation ». L’exploitant précise que le bois doit être stocké à l’extérieur pour le gorger en humidité alors que l’inspecteur de la Drire préconisait au contraire d’abriter le bois afin d’améliorer le pouvoir calorifique avec comme conséquence une diminution des volumes à brûler. Une visite (signalée?) d’un inspecteur de la Drire, en date du 26 Février, conclue que « l’établissement est actuellement exploité en conformité avec la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement ». L'exploitant peut sans ménagement faire toujours livrer du bois d'origine douteuse. L'impunité est inscrite depuis longtemps au fronton de la mairie de Plougastel.
Qu'en est-il en 2014 ? Après de sérieux problèmes de santé Jean Tanné reprend contact avec AE2D. L'association avertit le collectif "à quoi ça serre" qu'il s'apprête à interroger les têtes de listes aux municipales. même si le découragement a gagné le couple, Jean a intégré le collectif et compte bien montrer comment les serristes nous enfument.


















Vidéo : stock de bois prêt à l'emploi au Quillioù. https://www.youtube.com/watch?v=oX3oDGVq2PA

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