Lindouar. A fleur de peau

Lindouar. A fleur de peau

samedi 9 novembre 2019

Dans "Economie sociale et solidaire" il ne reste plus que l'Economie

Qui se rappelle aujourd'hui que Benoît Hamon, alors Ministre de l'Economie sociale et solidaire (ESS) et de la consommation en 2014 dans le gouvernement d'Emmanuel Valls, était le rédacteur de la loi ESS qui porte son nom  ? Si on s'en tient au flot d'informations qui nous harcèle constamment, et si le secteur de l'ESS est sorti de son anonymat pour être légiféré, je pense que nous ne serons pas nombreux, et au premier chef, tous ceux et celles qui postulent à la représentation locale, à se remémorer que l'ESS, selon la dialectique du gouvernement de l'époque, devait : reconnaître l'ESS comme un mode d'entreprendre spécifique, renforcer les politiques de développement local durable, consolider le réseau de l'ESS, provoquer un choc coopératif, redonner du pouvoir d'agir aux salariés. Nonobstant cette orientation qu'il fallait saluer, il manque, à mes yeux, un 6ème volet qui est de respecter le consommateur, l'usager ou le client selon les institutions.
Pour démonter maintenant le système de l'ESS, je vais me référer à ma propre expérience sur 3 secteurs distincts : la banque, l'assurance et dans une moindre mesure, le fournisseur d'électricité. Je ne considère pas que mon cas de figure doit être généralisé à l'ensemble des personnes qui adhère à l'un ou l'autre de ces secteurs. Toutefois, dans un contexte de fragilité sociale, subie ou pas, par un souscripteur (perte d'emploi, séparation, santé, activité précaire,...), certaines décisions coercitives nous renvoient à de mauvaises habitudes identifiées comme insupportables chez leurs concurrents libéraux ou chez des investisseurs peu scrupuleux sur le devenir de la Planète-Terre.
La banque. Le Crédit coopératif
Fidèle à mes engagements, j'optais au milieu des années 2000, pour un compte NEF (Nouvelle Economie Fraternelle). La Nef, n'ayant pas le statut d'établissement bancaire, était hébergée au Crédit coopératif. Pendant plus de 10 ans, j'alimentais plus ou moins assidûment ce compte. En tout cas, le Crédit coopératif, dans ses fonctions premières de préserver ses intérêts financiers, n'avait pas à signaler de dérapages circonstanciés de ma part.
Tout changea après la faillite de l'entreprise dont j'avais la gestion. Si la Banque de France considéra ma situation qui suivait, non solvable et m'épargnait le remboursement intégral des dettes, je fus dans l'interdiction d'emprunter pendant 10 ans et de profiter de découvert bancaire. Sur ce dernier point, ce ne fut pas vraiment le cas. Le Crédit coopératif, dans sa grande largesse, laissait filer un peu mon débit. Enfin... dans sa grande largesse... à regarder de plus près, mon découvert non autorisé qui en devenait un, leur procurer quelques petits intérêts sous la forme de "frais de compte". Disons que finalement, les deux parties s'y retrouvaient. Jusqu'au jour où, subitement, sans avertissements, la banque quimpéroise décida de "couper les vivres". Débiteur d'un léger découvert de 16 euro, je me présentais chez un commerçant pour l'achat d'une bouteille de gaz d'une valeur de 33 euro. Rassuré par le versement sous 72 H de prestations sociales, je ne me formalisais pas. Sauf que le crédit coopératif vît d'un mauvais œil la présentation du chèque et décida de rejeter le paiement. Là dessus vinrent se rajouter des frais financiers amplifiés par le rejet du prélèvement de la MAIF (sur lequel je reviendrai plus loin), "assurance militante" à laquelle j'avais souscrit pour l'habitation et la voiture, toujours dans un objectif de cohérence. 
Dans un premier temps, gêné de me représenter chez le commerçant pour payer ma dette, je décidais dans ma mauvaise habitude de réagir. J'informais le Crédit coopératif que dorénavant mes prestations sociales seraient versées sur un compte postal que je venais d'ouvrir car je n'admettais pas que la banque fasse une opération financière en sa faveur à partir de prestations sociales obtenues pour assurer le minimum vital. C'était clair dans mon esprit : le Crédit coopératif pendant quelques années se retrouvait hypocritement "hors la loi" et finissait par me punir d'avoir abusé d'un service financier qui ne m'était pas acquis. Soit. Bien-sur, s'en suivirent quelques mois de présentations de frais bancaires pour défaut d'approvisionnement, gonflant au passage le débit de mon compte NEF. Le litige se solda purement et simplement par un échange téléphonique, sévèrement houleux, et la décision unilatérale de la banque de clôturer mon compte, sans à débourser un centime d'euro.
La Maif, L'assureur militant
Une étape était franchie. Je devais maintenant affronter la MAIF qui pendant ce temps ne recevait plus le règlement de mes cotisations alors que, de mon côté, je noyais sous les courriers de réclamations, relances, menaces, etc etc.... Je crois me souvenir que mes arriérés s'élevaient à 150 euro.  Je pris donc le temps de me décider et de solliciter un rendez-vous à l'agence de Brest, afin de trouver une solution d'apurement. Je me présentais donc devant un employé qui examina rapidement mon dossier. Je lui proposais de consentir "un étalonnement de la dette". Après un nouveau regard sur l'écran d'ordinateur, il me répondit que ce n'était pas possible. Soit. Toujours avec cette mauvaise manie de réagir, j'adoptais, néanmoins, cette fois-ci, une attitude plus flegmatique, mais ô combien intériorisée. "Très bien, merci, bonne fin de journée", m'entendait-il lui dire en camouflant secrètement la vraie nature de mes sentiments, "Ah c'est comme ça que tu le prends ! Et bien ta cotisation tu peux attendre pour la récupérer !". Nouvelle série de réclamations, saisie d'une agence de recouvrement, puis d'un Huissier de Justice. Je m'accrochais mordicus à ma fronde silencieuse jusqu'à ce que mon débiteur abdique face au peu de cas que je faisais de leurs menaces. Là aussi je ne déboursais pas un centime d'euro.
Le fournisseur d'électricité : ENERCOOP
Enercoop. La porte de mon appartement
Dès que je pris connaissance, soit dans le courant des années 2000, de l'existence de cette coopérative, créée en 2004 par Greenpeace, le réseau Biocoop, Les amis de la terre,..., regroupant des producteurs indépendants, fournissant une électricité à partir d'énergies renouvelables, je n'hésitais pas un seul instant à devenir sociétaire. D'ailleurs le terme d'usager convenait parfaitement à ma démarche plus global. Je savais que je paierai 25 % de plus qu'une facture émise par EDF; j'ai su qu'Enercoop faillit disparaître à cause d'une équation Offre et Demande difficile à résoudre, je savais que l'électricité que je consommais était d'origine nucléaire, mais la satisfaction reposait sur le fait que je ne versais quasiment plus un centime d'euro à EDF, et qu'il pouvait aller au diable avec leur énergie mortifère. Je resterai fidèle à cet opérateur qui allait dans le bon sens.
Pourtant, me considérant comme un militant historique, un usager des premiers Kwatts de la coopérative, me contentant de régler les factures, si possible dans les délais, je sens quand même qu'Enercoop, tout en consolidant sa gestion en interne, favorisant l'émergence d'antennes régionales, dérive vers plus d'Economie au détriment de la solidarité et du social. Renforcement et âpreté de la concurrence après l'ouverture du marché de l'énergie ? Essoufflement des objectifs de développement ? Toujours est-il que, de notion d"usager" nous sommes passés à celle de "client". Qu'il faut attendre plusieurs dizaine de minutes au téléphone avant de devoir raccrocher, parce que nos relations commerciales sont déshumanisées. Avoir une personne au téléphone puis râler. Enfin, qu'on nous rappelle 5' plus tard afin de régler l'objet de l'appel. Je connais même une personne à qui ils ont coupé l'accès à l'électricité, sans préavis oral, alors qu'elle s'apprêtait à honorer ses factures impayées.
Tous ceux et celles qui ont été acteurs de l'Economie sociale et solidaire, savent la difficulté à rivaliser avec l'économie dite réelle. La difficulté à communiquer sur le volet coopératif. La difficulté à construire dans les pratiques, le concept d'innovation sociale.... La difficulté d'exister harmonieusement sur un territoire afin d'éviter les points de tension. Reste que L'Economie sociale et solidaire n'existerait plus sans les aspects social et solidaire, sinon c'est renier les bases fondamentales du soutien à autrui, et au lieu de renforcer sa précarité, l'accompagner pour soulager son désœuvrement.
David Derrien
Ancien co-président de l'Adess et
Responsable du déploiement de la monnaie complémentaire sur le territoire de Brest

vendredi 21 juin 2019

La fraise comme appât : bon appétit !

Ah la fabuleuse fraise de Plougastel-Daoulas, cette fraise qui fait la renommée de la commune et la fierté de ses producteurs ! D'autant plus fameuse que certains la produisent encore aujourd'hui en pleine terre, dans des champs ou sous tunnels, le must étant celle qui est biologique. Sa rivale hors-sol fait pale figure quand elle étale son arôme sur les marchés ou dans les magasins de la région. Fort de son succès pécunier elle attire bien des convoitises et des appétits... Tenez, dans la longue liste des "ravageurs", prenez l'oiseau. En période de disette et de raréfaction de son premier met de choix, tel que l'insecte, l'oiseau vorace se rabat sur une proie bien moins volatile à gober, la fraise !
Sauf que, cet oiseau de malheur, et surtout s'il s'agit de l'étourneau, ne fait pas le bonheur du producteur, furieux de voir sa production chapardée par cet oiseau encombrant. On connaît les pratiques des serristes de Plougastel-Daoulas, peu enclin à se soucier de l'environnement et à considérer comme néfastes les conséquences de leurs actes sur sa préservation : à Plougastel-Daoulas, c'est connu, on ne fait pas dans la demi-mesure pour éradiquer un problème, ça fait dans le lourd !
Pour preuve, afin de ne plus se faire grignoter leurs récoltes cultivées sous tunnels, du poison est répandu sur des tas de fraises gentiment offerts aux oiseaux chaque soir dans les allées des plants. Chaque jour des tas d'oiseaux sont ramassés morts par les employés des serres qui ont comme mot d'ordre de faire disparaître ensuite les fraises empoisonnées. Des chiens de passage auraient été empoisonnées dans le village de Keralcun, situé en amont; des étourneaux et autres passereaux disparaissent au nom de bénéfices commerciaux. 
L'un des produits incriminé serait du Bromadiolone. Utilisé à mauvais escient, et en forte quantité, le produit peut être considéré comme extrêmement nuisible (des associations environnementales ont demandé une interdiction de commercialisation). Une mystérieuse poudre rose serait aussi associée au bromadiolone. 
Au niveau des textes de référence il semble que la loi est la Directive 79/409/CEE du 2 avril 1979 abrogée et remplacée par la Directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages, dite Directive Oiseaux. La Directive Oiseaux établit un système général de protection de toutes les espèces d’oiseaux vivant naturellement à l’état sauvage sur le territoire de l’Union Européenne. Dans l' annexe IV les modes de chasse de destruction massive interdits sont ...les appâts empoisonnés
Reste à identifier les empoisonneurs. D'après des sources fiables, l'exploitation suspectée appartiendrait à un membre de la famille de Dominique Cap. Dominique Cap qui revendique ma place, envieuse, de premier écologiste de la commune, garantissant le maintien d'une véritable biodiversité. Une règle qui l'applique également à ses proches et ses amis industriels....

“Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu, il chante avant de s’envoler.” René Char

vendredi 28 décembre 2018

Y a de quoi ce marais ! Pevarzek

Scribes d'humeur.




Allez les vers !
Shopix, une société stéphanoise qui commercialise des articles pour les jardins, a été condamnée par le Tribunal de Guingamp pour motif de publicité sur un désherbant contenant du glyphosate (Ouest-France, septembre 2018). La publicité pour les pesticides à destination du public est interdite depuis 2014. Après avoir recensé le nombre de camions itinérants sur les Côtes d’Armor, ERB a assigné la société en référé. A Saint-Etienne ils scandent « Allez les verts ! ». En Bretagne on chantera pour cette fois « Allez les vers ! ».

Une de trop
Le Tribunal des affaires sociales de Saint-Brieuc n’a pas voulu reconnaître la « faute inexcusable » de Triskalia dans le suicide de Gwenaël Le Goffic (Le Télégramme, 28/09/18). Selon l’avocat de l’épouse, Edith Le Goffic, la décision est contestable. Le médecin du travail préconisait pourtant de mettre le chauffeur en mi-temps thérapeutique après un long arrêt de travail. Au contraire, le jour de son suicide, il refusait une tournée supplémentaire. C’était une tournée de trop qui l’a emmené à un arrêt définitif.

Loup y es-tu ?
Disparus depuis plus d’un siècle, des loups seraient revenus en Bretagne, près du lac de Guerlédan (Ouest-France, 24/09/18). « Le loup est une espèce protégée mais partout où il s’installe, il provoque la pagaille », prévient l’Observatoire du loup. Pour prévenir les conflits et les braconnages, les naturalistes demandent aux éleveurs, chasseurs et protecteurs de l’environnement de leurs fournir des informations. Et quand ils iront se promener dans les bois, pourvu qu’ils ne se croisent pas !

Aquacouic
Le projet de parc aquatique du lac de Guerlédan ne verra pas le jour a confirmé le président du conseil départemental des Côtes d’Armor (le Télégramme, 26/09/18). « On n’a quelques soucis concernant la baignade à cause de la présence de cyanobactéries », précise Alain Cadec, sans en expliquer l’origine. Le président abandonne l’idée d’équipements aqua-ludiques mais veut « toujours mettre en valeur ce très beau site de notre territoire ». Avec une telle publicité, c’est bien parti.  

Mettre la main
Plusieurs cas de naissance de bébés sans main ont été dévoilés sur la région de Guidel (Le Télégramme, 05/10/18). Santé Publique France, chargée de la « protection de la santé des Français », n’a pas d’explications alors que l’organisme avait mené une enquête approfondie sur l’environnement des familles. Une piste est cependant évoquée, celle de l’usage des produits phytosanitaires. Reste l’aspect budgétaire qui ralentit la poursuite des recherches.  Est ce que l’Etat mettra la main à la pâte ? Rien n’est moins certain.

Vache sacrée
Une série de dégradations a touché les magasins d’artisans-bouchers, dont deux boucheries du centre ville de Brest (Le Télégramme, 05/10/18). Selon toute vraisemblance, l’origine des tags ne fait aucun doute sur les commanditaires, issus du mouvement anti-spéciste. Etonnamment, aucun magasin des réseaux bio avec une boucherie  n’a pas encore été vandalisé. La vache bio est peut-être plus sacrée pour les anti-spécistes.

« Accélérer »
Sandrine Le Feur, députée morlaisienne de LREM participe à la création d’un collectif « transpartisan  pour alerter et accélérer la transition écologique et solidaire » (Ouest-France, 10/10/18). D’après elle, le départ de Nicolas Hulot a su créer un sursaut écologique dans la société ». Elle promet « des actions concrètes, dès à présent ». Si elle agit comme sur le dossier du glyphosate, on se demande à quel moment elle va caler.

Le bec dans l’eau
La compagnie Brittany Ferries est assignée en justice par des sociétés d’élevage pour avoir interrompu la livraison de gibiers à destination des chasses anglaises (Le Télégramme, 25/10/18). La société transmanche évoque un risque important pour son image de marque, suite à la publication d’une vidéo montrant les conditions d’élevage dégradant pour les animaux. Les éleveurs risquent quand même de se retrouver le bec dans l’eau.

Mâche
Après son interdiction en Maine et Loire, le gouvernement a décidé de suspendre l’usage du Métam-sodium, pesticide utilisé principalement sur la culture de mâche, jusqu’en janvier 2019 (Le Télégramme, 01/11/18). A Cléder, cinq personnes ont été incommodées par des émanations de ce pesticide provenant des serres. Thierry Merret de la Fdsea du Finistère assure que « le produit ne va pas dans la mâche ». Peut-on faire confiance dans Thierry Merret qui, en général, ne mâche pas ses mots ?

Ralentissement ?
Force 5, l’un des opposants à la centrale à gaz de Landivisiau, a découvert sur le site d’implantation l’escargot de Quimper, espèce protégée par la loi (Ouest-France, 07/11/18). Mi-octobre, le collectif a fait venir un huissier pour le constater. « Aucune dérogation pour destruction d’espèce protégée pour l’escargot n’a été déposée », précise Force 5. Cette présence risque de faire ralentir le début des travaux, prévus en 2019.

Viser juste
22 faucheurs volontaires bretons ont déposé plainte pour des taux anormalement élevés de glyphosate dans leur analyse d’urine (Le Télégramme, 21/11/18). Une plainte visant les industriels utilisant le glyphosate dans leur herbicide, la Commission européenne pour une nouvelle homologation du produit, et les responsables des agences de santé sanitaire française et européenne. Pour faire pipi il faut viser juste pour bien éclabousser.

C’est pas Baud !
Depuis 10 ans l’île de Beniguet fait l’objet d’une longue procédure judiciaire pour infractions aux codes de l’urbanisme et de l’environnement (Le Télégramme, 24/11/18). Les faits remontent à 2007 quand le Tribunal correctionnel de St-Brieuc condamne le propriétaire, Eric Baud, à une remise en état de l’île dans un milieu à préserver. En 2014 c’est la gérante de la SCI, Blandine Baud, qui est mise en examen pour la réalisation de nouveaux aménagements.  Ma Doue ! Ce n’est pas beau de se comporter ça !

lundi 12 novembre 2018

L'écologie, le drame du bien commun

"Ce qui est commun au plus grand nombre fait l'objet des soins les moins attentifs. L'homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre, il a tendance à négliger de ce que lui est commun". Aristote

Cours d'eau potentiellement pollué, Plougastel-Daoulas-Ty ar menez, juillet 2017

Le 08 septembre dernier, je publiais sur facebook une vidéo montée par l'association "A quoi ça serre". Elle montrait un dépôt sauvage de gravats issus de chantier de déconstruction, entassé sur le secteur de roc'h nivelen à Plougastel-Daoulas. Cette vidéo fut visionnée plus de 1500 fois. Au même moment, une autre vidéo d'AQCS faisait apparaître l'acte volontaire et illégal d'un serriste récidiviste d'entreposer en plein champ des déchets verts et autres bagues plastiques et ficelles, sensés être récupérés par des entreprises spécialisées. Quelques 180 personnes prirent le temps de la regarder. Rappelons que la dégradation des végétaux industriels en putréfaction provoque des jus fermentescibles, altérant la qualité de l'eau (sels nutritifs), surtout quand les dépôts sont situés, et selon les signalements nombreux et répétés d'AQCS, sur des bassins versants. 

Plus récemment, "A quoi ça serre" dénonça une omerta politico-industrielle sur les pollutions de zones humides engendrées par d'autres serristes de la commune. Encore une fois, l'audience, après la dénonciation de cette pollution des eaux à grande échelle, fut confidentielle. 

Sur un autre sujet, mais non moins essentiel, je fus consterné par le peu de mobilisation lors de l'appel des apiculteurs, toujours en septembre, à les rejoindre sur Carhaix. L'urgence à maintenir une population d'abeilles, pour la plus simple des raisons de pollinisation, est suffisamment relayée par les médias, suffisamment caractérisée par les chercheurs, pour nous inciter à oublier, le temps d'une journée, les loisirs du week-end. 

Dès lors, je me posais la question entêtante de comprendre pourquoi, la désapprobation, voire la mobilisation, en soi légitime pour ceux et celles qui y participent (voir les campagnes de nettoyage des grèves regroupant plusieurs dizaines de personnes), s'avéraient plus intenses et donc plus efficaces, quand il s'agissait de gravats visibles, solides, matériaux familiers à notre quotidien, que sur ce qui pourtant devrait nous intéresser instinctivement au point d'éviter les hypothèses de survivance. 

Nettoyage des abords de l'étang du caro par A quoi ça serre. Plougastel-Daoulas, décembre 2015

Oui, parce que, quand on y pense bien, il suffirait d'une demi-journée pour les services des collectivités, avec peu de moyens, pour déblayer le dernier dépôt (voir photo ci-dessous) découvert lors d'une promenade dominicale. Ce lieu naturel retrouverait son état d'origine sans que cela vienne perturber les prochains promeneurs et effacerait l'émoi sincère mais néanmoins compulsif qu'engendre sa publication. Aux autorités, ensuite, de dissuader les contrevenants à revenir. Mais, à contrario, combien de temps faut-il à une zone côtière pour se retrouver dépourvue d'algues vertes ? Combien de temps faut-il à une zone humide pour épurer son écosystème d'éléments toxiques ? Combien de temps faut-il à un apiculteur pour reconstituer un rucher ? Recomposer des réserves de miel ? Combien de temps reste-il pour voir encore des abeilles sauvages butiner les pommiers et les fleurs sauvages ? 

dépôt de gravats. Plougatel-Daoulas, novembre 2018
L'eau, comme les abeilles (je pourrais m'étendre sur l'ensemble de la biodiversité), deux exemples que j'appréhende dans leur fonction primitive liée à des ressources naturelles et donc intrinsèquement imbriquées à nos vies, sans que je reprenne les caractéristiques de leurs bienfaits sur notre santé et sur notre alimentation, sont indispensables aux biens communs. Mais qu'il y a t-il de "biens communs" dans un tas de gravats déposé dans un bois ? Après tout, cette porte défoncée ou cet évier ébréché, objets attachés à un seul propriétaire, n'interfèrent pas sur ma santé ou sur mon alimentation, je ne dépends pas de leur propre existence, comme pourrait l'être une eau polluée ou comme pourrait l'être la pénurie de légumes et de fruits, utiles au bon fonctionnement de mon organisme. La neutralité chaotique de ces objets, si elle trouve un remède dans une certaine réactivité des moyens de la collectivité, ne supposera pas non plus une dégradation du milieu.

On reconnaîtra (presque) tous que cela reste un acte d'incivilité, perpétré par un individu ou un groupe de personnes, très certainement peu concerné par le bien commun. Serait-ce donc à moi de remédier à ce geste alors que cette porte ou cet évier ne m'appartiennent pas ? Ces objets ne sont pas liés à ma propre existence et encore moins à ma préoccupation de voir rénover le logement individuel d'une tierce personne; ils jouent un rôle de fonctionnalité et non de nécessité. Dès lors je m'affranchis émotionnellement de cette dépossession car je fige ma priorité sur le maintien du Vivant.

Qu'il soit bien entendu que je ne fais que retranscrire mes observations à partir de réseaux sociaux, sans jugement de valeurs, car je suppose que la plupart des gens qui réagissent sont bienveillants. Mais je remarque quand même que l'attention est nettement moins soutenue sur les sujets liés à la qualité de l'eau ou la disparition de l'abeille sauvage. 

Nous assistons à l'extinction du patrimoine naturel immatériel. Nous ne sommes pas étrangers à ce phénomène, tout en étant dramatiquement et consciemment concernés.

samedi 10 novembre 2018

Y a de quoi ce marais ! Trizek

Scribes d'humeur partiellement publiés dans la revue d'Eau et Rivières de Bretagne, octobre 2018. Dessin de nono


Mme Lamour, mairesse de Ploudalmezeau (29)


Fatigué
Parce qu’elle souffre d’hypersensibilité électrique, une quévenoise s’est vu retirer son compteur linky. « Je suis tout le temps fatiguée », précise-t-elle. (Ouest-France, 14/07/18). « Il faut le mettre, sinon on vous coupe le courant », avait menacé un technicien. Le maire de la commune, quant à lui, ajoute que « Nous, on fera ce qu’on peut pour cette dame mais je suis fatigué de ce débat ridicule ». Marc Boutruche devrait vérifier si le compteur linky de son domicile n’est pas à l’origine de cette fatigue.


Rejet
A partir de janvier 2019, les pêcheurs auront pour obligation de garder à bord les espèces non ciblées (Ouest-France, 18/07/18). Pour le président du comité finistérien cette mesure n’a pas de sens, apportant son lot de contraintes liées au temps en sus de tri et de manutention. Cette pêche débarquée et non utilisée reviendrait « à travailler pour rien ». Des pêcheurs qui rejettent la mesure de rejets, n’en jetez plus !

Un peu vache !
La confédération paysanne du Finistère a porté plainte pour « extorsions » contre les laiteries du département (Le Télégramme, 19/07/18). Le représentant du syndicat remet en cause le principe des contrats qu’il estime être fait sous la contrainte. « On veut que soit reconnue l’entente entre les laiteries et que soit reconnue l’illégalité de ces pratiques ». C’est quand même un peu vache de procéder ainsi.

Eun Tam bio ?
A Brest la commercialisation de produits à base de spiruline a le vent en poupe. Pour preuve, une boisson énergisante a vu le jour, la « Spiloe » (Le Télégramme, 28/07/18). Le concepteur a décidé de commencer par utiliser de la spiruline « car la ressource est à porter de main ». L’article précise en effet qu’elle provient d’une ferme bio de Plougastel-Daoulas. Qualifier des serres industrielles ainsi, donne un sérieux coup de mou.

Matière grise
Des usagers s’insurgent contre le bitumage du cheminement doux à Landunvez (Ouest-France, 26/07/18). La communauté de communes avait pourtant annoncé que le chemin serait « stabilisé, empierré et sablé ». Interrogé, André Talarmin, président de la collectivité, précise que le goudron ne sera pas retiré et qu’un revêtement en sable a été prévu par-dessus. Ingénieuse idée, connaissant les conditions climatiques de la Bretagne. A défaut de trame verte, il y a de la matière grise.

Mégot, c’est trop !
Comme le regrette Ségolène Gueguen, chargée de mission à Natura 2000 dans la presqu’île de Crozon, beaucoup trop de mégots sont jetés dans les dunes (Le Télégramme, 28/07/18). A chaque passage mensuel, ce sont plusieurs dizaines de mégots qui sont ramassés. Elle rappelle qu’il existe des cendriers de poche comme solution. Si seulement le groupe « Téléphone » était toujours en formation, il aurait pu chanter « mégot, c’est trop ». Oui, c’est beaucoup trop.

Avec les zoneurs
Une méga ferme de production de micro-algues est en cours de construction sur 32 ha à Plouguenast (AFP, 01/08/18). La Bretagne est idéale pour son implantation à cause de sa ressource en lisier. Mais le projet a pris du retard notamment parce qu’ERB affirme que la ferme sera construite sur 12 ha de zones humides alors que l’industriel en comptabilisait 1,2 ha. Le terrassement ayant débuté, une troisième étude n’a pas été possible. Saluons ce comportement avec les zoneurs qu’il se doit.

Rien que Lamour
A Ploudalmezeau, la plage de Treompan a été fermée à la baignade durant tout l’été (Le Télégramme, 18/08/18). Une analyse du Frout, rivière qui se jette dans la mer, a décelé des bactéries d’origine animale et humaine. Eau et rivières de Bretagne préconise des contrôles sur tout le bassin versant. La mairesse, Marguerite Lamour, s’insurge contre un tel positionnement : « Vouloir faire peur à la population est incorrecte ». A Ploudalmezeau il y a de l’amour, rien que Lamour.

Laisse béton
Les côtes bretonnes n’échappent pas à l’action de la montée des eaux. « La majorité des côtes subit une érosion sérieuse », confirme un expert en risques hydrauliques (18/08/18). A Trégastel, d’importants travaux d’aménagements ont été réalisés pour préserver les maisons de sept riverains pour un coût de 250 000 euro, justifié par la mairie. Une telle mesure pour une poignée de privilégiés ? Laisse béton !

Au revoir
Pour exprimer leur colère face à la chute des cours de la tomate et à une distorsion de concurrence, des producteurs industriels ont organisé en août un barrage filtrant et une distribution de tomates au niveau de Saint-Brieuc (24/08/18). L’opération visait à « toucher les parisiens qui rentrent chez eux après les vacances pour leur faire penser à manger français durant l’hiver » assure le président de la Fdsea 22. Avec un tel produit, on n’est pas sur de les revoir.

Lever un lièvre
Triskalia a tenté de dissimuler à un éleveur bovin de Moustéru qu’elle lui avait fourni de l’aliment contenant des antibiotiques, non autorisés chez les ruminants (Médiapart, 29/08/18).  Selon un technicien, l’éleveur aurait reçu par erreur, un aliment pour les lapins, dépourvu d’antibiotiques d’après un cadre de la coopérative. Or, l’éleveur décide d’analyser un échantillon qui révèle la présence de six antibiotiques, au lieu de deux comme indiqué sur l’étiquette. Pour les adhérents de Triskalia, lever un lièvre doit devenir une seconde nature.

Perlimpinpin
Chez Synutra, la vente de poudre de lait infantile en direction de la Chine a été très en-deçà des prévisions de départ (agrobiosciences, 14/09/18). Résultat : les impayés, évalués à 30 millions d’euro auprès des producteurs de Sodiaal, s’accumulent au point d’obliger la coopérative laitière à racheter une partie de l’usine de Carhaix. Avec cette énième déconvenue, Synutra n’aura été d’aucuns bénéfices pour le centre Finistère.

mardi 30 octobre 2018

Les prédateurs du patrimoine naturel immatériel

Encore une prouesse de prédateurs à qui l'on confie l'entretien du patrimoine naturel immatériel, garant de notre biodiversité antédiluvienne. On nous répondra que ce n'était que deux arbres... Mais s'ils étaient classés, et donc protégés, c'est qu'il y avait au moins une bonne raison à cela ? 

Deux chênes gorgés de terre bretonne que l'on égorge à grands coups de dents mécaniques. Et que reste-il de ces forteresses ? Des ruines. Un tas de bois éteint. De vieilles racines ridées. Et des âges qui se consument dans la bêtise humaine. Etait-ce leur ombre majestueuse qui persécutait leur peu de hauteur d'âme ? Etait-ce tous ces papillons flottants dans les poèmes, enchaînés au vent du chêne, qui gangrenaient  leur médiocrité ?

L'ONF avertit qu'elle n'intervient pas dans la police liée dans la bonne application de documents administratifs, hors forêts publiques, et conseille de rencontrer un élu de Plougastel, en charge de la question. C'est vrai que nous pourrions solliciter J.J. André pour sermonner les serristes incriminés, étant lui-même un ancien serriste et malheureusement en charge des questions de "développement durable". 

Bah bien-sûr ! Nous pourrions peut-être, en compassion, demander à ce que ces prédateurs replantent deux arbres pour le préjudice subit et qu'ils reconnaissent l'illégalité de leurs actes ?










2012

2015

2018







  

samedi 27 octobre 2018

Les vicissitudes d'une abeille sauvage, suite II

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C’est parce qu’il avait vu l’Abeillaud se démener comme un véritable défenseur de l’environnement, qu’un apiculteur, aguerri dans l’art de sortir son dard pour dénoncer les effets des néonicotinoïdes sur les abeilles, l’imagina revêtir le costume de Président de la République. Une troisième comparse vint souder une équipe de campagne, partie pour rivaliser avec les ténors de l’échiquier politique français. Et qui mieux comme exemple que Jacques Chirac pour donner le ton du lancement de cette campagne, avec ce vieil adage, qu’il a surement usé à force d’abus, et cela tout au long de sa carrière politique : « plus c’est gros, plus ça passe ». 300 promesses de parrainage semblait un chiffre suffisamment éloquent pour attirer l’attention des médias et rendre hommage au maître incontesté du genre. Comment un anonyme, déguisé en abeille, qui se présente à l’élection suprême, à partir du seul programme, inspiré du protocole de Kyoto sur la biodiversité, avait pu obtenir l’attention des élus ? L’idée était simple. Il suffisait de prétendre que des volontaires, militants écologistes chevronnés ou apiculteurs aux abois, avaient contacté des mairies, essentiellement implantés en milieu rural. Presque tout le monde à la campagne connaît un voisin, un ami, un parent qui pratique l’apiculture, très souvent comme une activité de loisirs (à partir d’une seule ruche, la notion d’apiculteur, même amateur, suffirait à consterner tous ceux qui tentent de déployer un cordon sanitaire autour de leur rucher afin de se prémunir d’une contamination du fait de cette activité de loisir). Il peut même s’agir du maire lui-même. Toutes les zones géographiques sont couvertures par l’apiculture : montagne, littoral, plaine,….. Nombreux sont ceux qui s’accordent à penser que l’importation massive de miel est une source de fraudes et que le déclin des abeilles est dramatique. Et ce ne sera une surprise pour personne que d’apprendre que l’abeille exerce une fascination tout particulière sur l’imaginaire collectif, faisant de cet insecte l’un des plus populaires représentants de la biodiversité, à en juger par le nombre de fois où on appela l’Abeillaud, « Maya ». Donc la mobilisation des élus pouvait se tenir, en tout cas se justifier. L’annonce de la candidature s’est faite en janvier 2012, laissant le temps soi-disant nécessaire à la prospection durant tout l’automne 2011. Le gros du soutien se répartissait entre le « grand ouest », les zones de montagnes et le Sud-est de la France.
Le plan de communication reposait sur très peu d’éléments. Enfin si. Il reposait sur les épaules de Didier. L’enjeu était de taille, mais lui, en avait-il la carrure ? Il fallait bluffer. Gagner au change. Chaque élection présidentielle entraîne son lot de candidats hurluberlus avec des revendications fantaisistes. Les médias, sans trop d’à-priori, se délectent de les présenter au public, même s’ils ne les font pas figurer dans la même catégorie que les candidats issus de familles politiques, trouvant la légitimité de leur représentativité dans l’assurance d’un relai médiatique et dans les commentaires des observateurs. Qu’auraient-ils d’autre à faire, d’ailleurs ces observateurs, à part se noyer dans l’assurance de leur propos ? Les journalistes prennent soin de cantonner ses candidats atypiques dans des modules d’infos à part, un fait divers souriant et plein de condescendance. On ne les prend pas au sérieux, surement à juste titre d’ailleurs, aucun n’a jusqu’à présent recueilli les 500 signatures obligatoires pour se lancer officiellement. Donc les médias ne prennent pas beaucoup de risques à s’aventurer dans des pronostics farfelus. Quoique, à voir le nombre de journalistes présents au lancement de la campagne, le doute pouvait encore planer. La déontologie ne se définit pas juste dans le cadre  privé d’une profession. Elle devrait accompagner la parole et le geste politique qui eux, s’apparentent davantage à une fonction publique dont l’exigence de transparence devrait être le socle d’un mandat. Didier s’apprêtait à mentir aux médias. Soit. En oubliant son costume d’abeille, il serait fidèle à la proportion de politiciens à faire des déclarations « bidons », des promesses intenables : ce ne sont pas les beaux discours qui font gagner une élection mais bien les luttes d’influences. Alors il fallait parvenir à infléchir la presse, contraindre ses choix rédactionnels et l’attirer dans ce petit restaurant qui faisait face au lycée de l’Harteloire à Brest. Ce fut chose faite. La conférence de presse se déroula dans une ambiance où planait un mélange d’incertitude et d’incrédulité. Qu’est-ce qui a fait que le plan fonctionna comme prévu ? Didier ne le savait pas. Peut-être la présence du représentant des apiculteurs professionnels, rendant crédible l’annonce des 300 promesses de parrainage ? Toujours est-il que la photo prise par l’agent de l’AFP, d’un dédé l’Abeillaud hilare, posé sur une chaise à couffin, au dossier en bois, majestueux, remontant très haut, dans un décor digne des plus belles pièces d’une crèche pour enfant, fit le tour des rédactions et commença à être diffusée. Si l’AFP envoyait un correspondant, c’est qu’elle prenait cet évènement suffisamment au sérieux pour le couvrir.
 Les trois mois qui suivirent furent un enchaînement d’articles dans des revues, d’interview téléphonique ou à la radio et de reportages vidéos. Sa notoriété était grandissante, surtout en Bretagne et plus particulièrement à Plougastel-Daoulas, son lieu d’habitation. On découvrait un personnage haut en couleur et fort sympathique. Les soutiens se faisaient plus nombreux, même si ne pas dévoiler la supercherie à quelques-uns, le chagrinait sincèrement. Le scepticisme, lui, avait presque disparu dans les propos des journalistes et dans ceux des politiques. L’article dans « Le Monde » aida certainement. Puisque les confrères en parlaient, on ne pouvait pas faire l’impasse, on devait réagir et évoquer le sujet : 354 promesses en Mars. La collecte avait ralenti. Normal, il n’avait jamais été question d’aller jusqu’au bout. On n’avait déjà bien sollicité les troupes et faute de moyens, les déplacements butaient sur Paris. Les autres candidats qui galéraient pour soulever des soutiens, s’étouffaient dans leur orgueil, à commencer par Dominique De Villepin. Cet homme d’Etat, à la fois gaulliste et ancien premier ministre, qui s’était opposé à la première guerre d’Irak face aux américains, ne parvenait pas à obtenir suffisamment de ralliements sous son nom. Il déclara sur le plateau du Grand Journal de canal + : « Regardez des candidats sérieux, vous en avez. Prenez dédé l’Abeillaud ! ». Même Jean-Michel Apathie, journaliste politique de premier plan, révisa sa position de départ : « S’il obtient ses 500 parrainages, on l’invitera dans l’émission », une annonce qui s’est faite avec un sourire « mi figue, mi-raisin ».
La dernière étape de la campagne consistait à annoncer le retrait de dédé. Là encore, l’Abeillaud enchaîna les reportages et les articles sur le net. Là encore, l’ex-candidat (qui n’a jamais été candidat quand on y pense bien), attira l’attention d’une candidate en panne de reconnaissance. Pendant que Didier, précautionneusement, s’exerçait à couper quelques brindilles de mimosa à l’attention d’une femme, aussi belle que désirable, au point de compromettre son discernement, absorbé par le trouble de pensées charnelles, il fut brusquement interrompu par un appel de Corinne Le Page. Après les formules de politesse, ils en vinrent au vif du sujet : « Vous n’êtes pas sans savoir que je suis moi-même candidate mais je n’ai pas encore atteint les 500 promesses de parrainage. Accepteriez-vous d’interférer auprès de vos soutiens pour qu’ils appuient ma candidature ? J’ai déjà fait beaucoup pour l’environnement – Ecoutez Mme Le Page, je ne remets pas en cause vos engagements mais avec l’équipe de campagne nous avons décidé de n’appeler à soutenir aucuns candidats ». L’avocate insista un peu sans obtenir la moindre contrepartie. Comment pouvait-il en être autrement ? La fin de non recevoir interrompit leurs échanges. Pas complètement toutefois. Avant de raccrocher, certainement agacée par ce refus, Corinne Le Page conclût en ces termes : « Très bien. Je suis députée européenne. Je tacherai de m’en souvenir ». Didier, satisfait, aurait un joli bouquet à offrir à cette femme. Ca lui ferait plaisir. L’essentiel était là, dans ces clochettes odorantes, annonciatrices de moments de réjouissance. Corinne Le Page ne serait pas candidate aux élections présidentielles de 2012.
Avant de tourner la page de cette épopée mouvementée, une nouvelle vision de l’univers des médias s’imposait à Didier. Hormis l’interview accordée à une journaliste chilienne de « TV4 Monde », qui dégageait une certaine sincérité pour la cause qu’il représentait, Didier ne se sentit pas mal à l’aise dans l’exercice de fausses déclarations à la presse. Et à force de sollicitation, même s’il savait qu’il ne détenait pas le sésame utile à sa couverture médiatique et que cela ne l’affectait pas dans son propre jugement, il agissait pour une bonne cause, une cause juste. Parfois, il en ressentait presque une satisfaction de manipuler des journaux, dont les propriétaires étaient le plus souvent des salauds de capitalistes. Mais une part de lui était quelque peu songeuse: comment des journalistes pouvaient-ils publier des papiers sans un travail préalable d’investigation ? La source était-elle fiable ? Pourquoi n’avaient-ils pas pris le temps d’interroger quelques apiculteurs ou quelques militants ? Peut-être que finalement ils subodoraient quelque chose mais comme la cause était juste, et le personnage plutôt sympathique, ils la soutenaient à leur tour. En tout cas, le dénouement ne le dira pas et ce n’est pas ces quelques lignes qui viendront changer ce qui est sous-entendu.
Alors, après cet exercice électoral, avait-il aliéné ce besoin de reconnaissance envers ses enfants ? Didier pensait que oui. En partie oui, bien aidé en cela par les merveilleux dessins de Marcel de la gare, utilisés comme badges pour accommoder les vêtements de quelques copains et copines de leur école primaire. La fin de campagne n’était pas vécue comme une défaite. Au contraire. Le nom de dédé l’Abeillaud butinait dans les bouches. Son évocation faisait bourgeonner des sourires, émaillés du bourdonnement du super héros, bizzzz ! Didier le voyait bien dans les yeux des enfants ; il y avait là une espèce d’amabilité à croiser un parent de l’école qui avait fait le buzz. Les rendez-vous avec les médias continuaient. A un rythme moins effréné certes, et qui laissait le temps à Didier d’apprécier l’attention qui l’avait suscitée auprès de la population locale. Des interrogations peinaient à satisfaire les plus sceptiques ou les moins dupes. Quoique premiers supporters d’une telle blague, ils le titillaient pour en savoir plus : « Bon alors, tu les as eues tes promesses ou pas ? ». La réponse, évasive, ne variait pas : « Ah ! Ca fera partie de la légende ». Le tout se terminait dans des éclats de rires et une tournée au bistrot.
L’après campagne de l’Abeillaud se prolongea encore quelques mois. De façon plus ponctuelle mais ô combien savoureuse. Il n’avait qu’à se souvenir de ce week-end passé derrière les murailles de St Malo. Courant mai 2012 Didier accepte de soutenir la candidature de Carole Le Bechec pour le compte d’E.E.L.V. aux élections législatives. Au programme, déambulation atypique sur les marchés et une conférence d’un ami apiculteur, venu pour l’occasion. Se trouve parmi les personnes présentes, une autre apicultrice amateur, Corinne Maier, qui est une amie proche de la candidate. C’est une joie pour Didier de faire sa connaissance sachant que, quelques mois auparavant, il avait lu son best-seller « Bonjour paresse ». Un régal ! Comme son séjour. La présence de Pascal, un autre ami de Carole, vient composer un quatuor joyeux et fêtard. Ils profitent amplement d’un St Malo en ébullition. Déjà parce que se tient une énième édition du festival « des étonnants voyageurs », mais surtout parce que les trublions de la compagnie « La Belgique Sauvage » affolent les codes de bienséance lors d’une soirée tout en couleur. Didier multiplia de nouveau, par la suite, des occasions de revêtir le costume du faux-bourdon. De toute évidence, il ne voulait pas s’arrêter à un grand coup médiatique puis passer à autre chose. L’effet avait été certain, mais la tâche, en réalité, ne faisait que commencer et pas forcément là où il s’y attendait.
Un type, lors d’une quelconque manifestation de rue, que Didier avait croisé quelques années auparavant, tout en le saluant, lui dit : « Tu as eu ton heure de gloire ». Une autre encore, militante écologiste, aperçue dans des rassemblements de faucheurs volontaires l’interpella ainsi « Tu vas attraper la grosse tête ». Didier ne comprenait pas ce que cela signifiait. A quoi bon s’attarder à convaincre du contraire, ce qui aurait de toute façon renforçait l’illusion d’un engagement désintéressé et sincère. Comment leur dire qu’il se mobilisait pour l’écologie avant tout pour ses mômes ? Fallait-il adopter une posture quand on se soucie de la nature ? Y avait-il des mots pour cela ? Avait-il d’ailleurs besoin de motiver son action ? Se justifier de quoi ? D’avoir traversé la Bretagne en pleine période glaciale de février 2012, dans une voiture sans chauffage, couverte de gel, où les doubles paires de chaussettes et de gants enfilés ne suffisaient pas à soulager la morsure du froid, puis se retrouver en collant devant le jardin du Luxembourg à Paris, piétinant du fait des 2°c ambiants, à attendre les médias et, enfin, quelques jours plus tard, tomber malade ? C’est comme ça que l’on attrape la grosse tête ? Didier avait surtout chopé la grippe oui ! La gloire ne le concernait pas, ni même la reconnaissance d’un statut social, provisoire, puisque ce dont il avait conscience, c’est que le Tout est éphémère.
C’est un joli mot, « Ephémère », un adjectif garni de féminité. L’éphémère s’agite sur un rythme court, sous une forme cyclique, hachée, en pointillé, qui apparaît et disparaît, qui vit et qui meurt, le temps de la vacillation d’un œil. S’il s’agissait d’une musique, elle n’aurait pas été celle de Satie, mais Satie lui-même. L’éphémère exalte la beauté d’un insecte ou le plongeon du Soleil. Il meut avec les éphémérides d’une journée ou les affaires du Monde, usurpé, dans ce dernier cas, par l’instantanéité arithmétique. Employé comme substantif singulier l’éphémère devient neutre, avec tout de même un goût d’inachevé, une amertume discrète qui ne s’affirme pas tout de suite mais qui s’affine plutôt comme le couperet d’une lame. Tout a un temps. Et rien n’a de raisons.